LesProjetlysien·ne·s bĂ©nĂ©ficient de deux jours par semaine de tĂ©lĂ©travail, une institution ici. Cela nous a aidĂ© lors du confinement, car nous sommes tous habituĂ©s Ă  travailler Ă  distance et nous bĂ©nĂ©ficions de tout l’équipement nĂ©cessaire Ă  notre confort. Le tutoiement est de mise pour tout le monde car nous sommes proches Le Tao Daodejing de Laotsi ch. 42 Le Tao crĂ©e le Un Le Un crĂ©e le Deux Le Deux crĂ©e le Trois Le Trois crĂ©e les dix milles ĂȘtres Le Tao est le gĂ©niteur, le Wu, le transcendant Un, c’est le souffle, le Yu, l’aspect maternel, reproducteur de la deux, c’est le Yang, l’élĂ©ment mĂąle, actif de la rĂ©alitĂ© trois, c’est le Yin, l’élĂ©ment fĂ©minin, passif de la rĂ©alitĂ© Un, le Deux et le Trois, ensembles, engendrent le ciel, la terre et le cycle de la vie. Mille e trĂ© Lacan Encore » De la Jouissance Qu’est-ce qu’implique en tout cas la finitude dĂ©montrable des espaces ouverts capables de recouvrir l’espace bornĂ©, fermĂ© en l’occasion, de la jouissance sexuelle ? que lesdits espaces peuvent ĂȘtre pris un par un – et puisqu’il s’agit de l’autre cĂŽtĂ©, mettons-les au fĂ©minin – une par une. C’est bien cela – qui se produit dans l’espace de la jouissance sexuelle – qui de ce fait s’avĂšre compact. L’ĂȘtre sexuĂ© de ces femmes pas-toutes ne passe pas par le corps, mais par ce qui rĂ©sulte d’une exigence logique dans la parole. En effet, la logique, la cohĂ©rence inscrite dans le fait qu’existe le langage et qu’il est hors des corps qui en sont agitĂ©s, bref l’Autre qui s’incarne, si l’on peut dire, comme ĂȘtre sexuĂ©, exige cet une par une. Et c’est bien lĂ  l’étrange, le fascinant, c’est le cas de le dire – cette exi­gence de l’Un, comme dĂ©jĂ  Ă©trangement le ParmĂ©nide pouvait nous le faire prĂ©voir, c’est de l’Autre qu’elle sort. LĂ  oĂč est l’ĂȘtre, c’est l’exigence de l’infinitude. Je reviendrai sur ce qu’il en est de ce lieu de l’Autre. Mais dĂ©s maintenant, pour faire image, je vais vous l’illustrer. On sait assez combien les analystes se sont amusĂ©s autour de Don juan dont ils ont tout fait, y compris, ce qui est un comble, un homosexuel. Mais centrez-le sur ce que je viens de vous imager, cet espace de la jouissance sexuelle recouvert par des ensembles ouverts, qui constituent une finitude, et que finalement on compte. Ne voyez-vous pas que l’essentiel dans le mythe fĂ©minin de Don juan, c’est qu’il les a une par une ? VoilĂ  ce qu’est l’autre sexe, le sexe masculin, pour les femmes. En cela, l’image de Don juan est capitale. Des femmes Ă  partir du moment oĂč il y a les noms, on peut en faire une liste, et les compter. S’il y en a mille e tre c’est bien qu’on peut les prendre une par une, ce qui est l’essentiel. Et c’est tout autre chose que l’Un de la fusion universelle. Si la femme n’était pas pas-toute, si dans son corps, elle n’était pas pas-toute comme ĂȘtre sexuĂ©, de tout cela rien ne tiendrait. Paroles du Don Juan de Mozart Extraits du serveur musical de serge Soudoplatoff Pour Ă©couter la musique ci-dessous, il faut avoir Real Player vous pouvez le tĂ©lĂ©charger ici —– L’air du catalogue Thomas Allen, Carol Vaness, Keith Lewis, Dimitri Kavrakos, Maria Ewing, Richard Van Allan, John Rawnsley, Elizabeth Gale, Londo Philarmonic Orchestra, Bernard Haitink. Un disque EMI. Don Juan se dĂ©barrasse de Dona Elvire, un peu collante il est vrai. Et pour cela, il demande Ă  Leporello de lui expliquer.. la vĂ©ritĂ©!! Ce dont il s’acquitte bien consciencieusement en dĂ©ballant tout simplement le catalogue de toutes les femmes que Don Juan a aimĂ©. Magnifique air, le rĂ©citatif qui donne le ton rassurez-vous, vous n’ĂȘtes ni la premiĂšre, ni la derniĂšre, un mouvement rapide qui contient la liste maintenant disponible sur Internet, grĂące Ă  ce serveur-, ce point d’orgue du refrain mais en Espagne, elle sont mille et trois », puis une conclusion si belle si tendre, oĂč il lui explique gentiment vous savez bien ce qu’il fait ». Et Donna Elvire qui veut encore y croire
 ItalianoMadamina, il catalogo Ăš questo Delle belle che che amo il padron mio Un catalogo egli Ăš che ho fatt’ io; Osservatte, leggere con me. In Italia seicento e quaranta; In Allemagna duecento e trentuna; Cento in Francia; in Turchia novantuna; Ma in Ispagna son gia mille e tre. V’han fra queste contadine, Cameriere, cittadine, V’han contesse, baronesse, Marchesane, principesse E v’han donne d’ogni grado, D’ogni forma, d’ogni eta. Nella bionda egli ha l’usanza Di lodar la gentilezza Nella bruna la constanza Nella bianca la dolcezza. Vuol d’inverno la grassotta Vuol d’estare la magrotta; E la grande maestosa, La piccina Ăš cognor vezzosa Delle vecchie fa conquistra Pel piacer di porle in lista Sua passion predominante E la giovin principiante. Non si picca se sia ricca, Se sia brutta se sia bella šPurchĂš porte la gonnella, Voi sapete quel che fa. FrançaisBelle Dame, regardez cette liste des conquĂȘtes que fit mon beau maĂźtre catalogue dressĂ© par moi-mĂȘme! Je vous prie, lisez avec moi Italie, voyez, six cent trente Allemagne, deux cent trente et une cent en France, et soixante en Turquie! Mais en Espagne, dĂ©jĂ  mille et trois. Voyez, des villageoises, des soubrettes, des bourgeoises, des comtesses, des duchesses, des marquises, des princesses, des femmes de tout Ăąge, et de tout rang. Chez la blonde, il a coutume de goĂ»ter la douceur. Chez la brune, c’est la constance; chez la palotte, la douceur. Pour l’hiver la grassouillette; pour l’étĂ© la maigrelette! Si la grande est plus noble, la petite est plus gracieuse. Les matrones sont fort bonnes pour le petit plaisir de les inscrire! Mais sa passion dominante, c’est la jeune dĂ©butante. Toute femme, toute fille, la vilaine comme la gentille, tout ce qui porte jupe.. Vous savez ce qu’il en fait
 Pas de chiffre au-delĂ  de trois extrait de Illettrisme et Sexuation » de Charley Supper Il n’y a pas de chiffres au-delĂ  de trois. Pas de nombre au-delĂ  de trois ! Les textes sacrĂ©s font tous Ă©tat du fait qu’il n’y a pas de nombre au-delĂ  de trois. C’est vĂ©rifiable si nous ne comptons pas en mode binaire. Le mode binaire ou analogique Ă©tant le fait de ne prendre en compte que l’identique. On aurait 1 = 2 = 3 = 4 = etc
 Cela correspond Ă  ce que nous avons nommĂ© ailleurs se mĂȘmer ». Est-ce que tu mĂȘme, ou est-ce que tu mĂȘme plus ? On entend cela tous les jours.. ——————————- L’avantage de compter de façon non binaire Ici oĂč nous comptons en mode non analogique, l’on voit bien que 1 ou 2 ou 3205 sont tous un un chiffre », mais un 1 chiffre » pas pareil. Les mĂȘmes, mais pas pareils ! Des semblables, mais pas pareils ! Comme pour les humains ! Sauf que ceux qui auront refusĂ© l’accĂšs au symbolique, c’est-Ă -dire au mode non analogique du comptage, n’auront accĂšs qu’au racisme ou Ă  l’illettrisme. C’est le mĂȘme processus ! L’impossibilitĂ© de mettre sur un mĂȘme plan l’identique et le diffĂ©rent.* Si je rĂ©alise le catalogue des vaches de ma ferme, je vais les faire dĂ©filer devant moi et faire un trait dans mon cahier chaque fois qu’en passe une. Si se prĂ©sente un cheval, je ne le chasserais pas en criant. Je le ferais figurer dans mon registre au paragraphe non-vache ». C’est ça la diffĂ©rence ! Pas le mĂ©tissage, qui est un refus de la diffĂ©rence ! ArrĂȘtons de croire ou de faire croire que A = A. La fonction de A » est de n’ĂȘtre ni B, ni C, ni D, ni aucune autre des lettres de l’alphabet. Nous voyons bien ici oĂč mĂšne le concept imaginaire ou analogique de rĂ©volution en politique, Ă  un Ă©ternel retour du mĂȘme despotique, j’entends !. Un tour complet ou quatre quart de tour, et hop, rien n’est changĂ© ! ——————————- Revenons Ă  nos moutons qu’il nous reste Ă  compter non pas pour nous endormir mais pour essayer de nous rĂ©veiller du binaire ! On voit ci-dessus, au temps 3 reprĂ©sentĂ© en bleu, que de trois Ă  quatre, il y a Ă©volution reprĂ©sentĂ©e par la flĂšche bleue. Alors que se passe-t-il quand nous inscrivons 5, nous constatons que nous rĂ©pĂ©tons le 4. fig. 2 À quatre, commencent “les mille ĂȘtres” du Tao, ainsi que le lien des mille lettres de l’alphabet, celles que l’illettrĂ© ne peut pas dĂ©chiffrer, d’ĂȘtre bien avant le trois de la TrinitĂ©. C’est-Ă -dire avant le “Un en plus”! De n’avoir pas accĂšs au “Un en plus”, la personne illettrĂ©e se retrouve inscrite comme en moins, un “un” en moins, et du coup elle a le sentiment d’ĂȘtre “en trop”. Toujours cet embrouillamini du binaire oĂč “tout est dans tout”. Alors que le trinitaire donne accĂšs au Tout qui est dans chaque partie ! Ce “+1” n’est pas sans rapport Ă  l’unitĂ© de Dieu en ce sens qu’il est infini, toujours Ă©gal Ă  lui-mĂȘme sans qu’on puisse lui retrancher ou lui ajouter. C’est ça que les Grecs nommaient le Beau. Le Un symbolique n’apparaĂźt qu’aprĂšs le Trois. Illettrime et Ex-il extrait se Illettrisme et Sexuation » de Charley Supper Parlons du fait d’ĂȘtre Ă  tu et Ă  toi avec l’autre. C’est aujourd’hui un signe de modernitĂ©. On est frĂšres et on se tutoie, ce qui en est la marque. La marque imaginaire, vous l’aurez compris ! C’est tout le contraire Ă©videmment ! Le “tu” sers Ă  rĂ©fĂ©rencer le discours pour en faire une parole interchangeable entre deux interlocuteurs qui seront chacun Ă  son tour “je” ou “tu”, selon l’acte d’énonciation de celui qui dit “je”. À partir du moment oĂč tout le monde se dit “tu”, on n’a plus de rĂ©fĂšrent du discours pour savoir qui est qui et qui dit quoi. Il n’y a dĂšs lors plus Ă  s’étonner, dans ce joyeux bordel, qu’un pĂšre en parlant de sa femme dise Ă  son fils “maman ne veut pas” ce qui complique encore les relations de filiations, le fils se trouvant ainsi avoir la mĂȘme mĂšre imaginaire que son pĂšre. Le tutoiement systĂ©matique n’est pas loin du “il” de la “non personne” qu’on entend encore trop souvent dans les institutions s’occupant de personnes handicapĂ©es ou du troisiĂšme Ăąge. Le “alooors, il a bien dormiiiii ? ” ne sert qu’à dĂ©nier Ă  l’autre son rĂŽle d’interlocuteur valable en l’empĂȘchant de rĂ©pondre par “je”. Le “tu” systĂ©matique aussi, tue celui Ă  qui il s’adresse, comme lui interdisant de rĂ©pondre en disant “je”. Ce n’est pas si loin du “madame est servie” d’antan. Pas question de parler avec ces gens-lĂ  ! Aristocratie ou pseudo-bourgeoisie gauchisante, mĂȘme combat ! Quant aux diffĂ©rents domaines professionnels oĂč l’on est “à tu et Ă  toi”, ce n’est sous prĂ©texte de modernitĂ© qu’une façon de subjuguer l’autre afin qu’il se taise et que la parole ne soit jamais autorisĂ©e. Ça donne ces ambiances Ă©cƓurantes oĂč gĂ©nĂ©ralement tout le monde est d’accord, toujours du cĂŽtĂ© “bien-pensant”. Toujours ce refus de la diffĂ©rence ! C’est le mĂȘme phĂ©nomĂšne Ă  la mode qui fait qu’on ne puisse plus se rassembler autrement que sous les auspices du tonitruant rĂ©pertoriĂ© musique, afin qu’on ne risque pas d’ĂȘtre confrontĂ© au silence, au vide de son oĂč pourrait bien soudain s’élever la voix de cet Autre qui nous veut tant de mal, qu’on doive l’annuler par n’importe quel moyen. Terreur tenace d’ĂȘtre imaginaire. Terreur de risquer la vĂ©ritĂ© d’une parole, au cas oĂč quelqu’un s’aviserait d’en profĂ©rer une. La vĂ©ritĂ© Ă  poil tout Ă  coup, devant nous ! Ce “tu”, qui n’est pas “rapportĂ© Ă  l’acte d’énonciation qui le supporte”[1] et ce ”il” de la non-personne sont bien sur une façon imaginaire de rĂ©futer l’Autre du discours. En quoi rĂ©futer ou nier est fondamentalement diffĂ©rent que d’énoncer quelque chose qu’il n’y a pas = dĂ©nĂ©gation ! J’ai rĂȘvĂ© d’une femme, je ne sais pas qui c’est; la seule chose dont je suis sur, c’est que ce n’est pas ma mĂšre
 Le tu et le il de la non personne n’ont rien Ă  voir avec le “il” auquel donne accĂšs le fait d’accepter les rĂŽles rĂ©versibles de locuteur et d’allocutaire, lors de l’énonciation d’un “je” qui s’adresse Ă  un “tu” comme futur “je” autorisĂ©. Ainsi l’enfant acquiert le “IL” au moment oĂč il assimile la troisiĂšme dimension, la perspective. Cet “il” symbolique lui permet de prĂ©sentifier l’absence et de reprĂ©senter la “dimension trois”, laquelle n’est hĂ©las reprĂ©sentable, pour les pauvres humains que nous sommes, qu’en dimension deux dans la rĂ©alitĂ© Voir plus ici sur la dimension deux en dimension trois Ceux qui, conscients de l’importance de se confronter au IL , n’aurons pas le front de s’y frotter, resteront Ă  l’étage imaginaire du IL » de l’ IL-lettrisme. ———————————————————————- xxx Depuis le lien invisible qui relie ces cinq parties, nous nous permettons d’affirmer que l’illettrisme n’est ni une maladie ni une insuffisance, mais un signe d’intelligence. Intelligence, presque au sens d’intelligence avec l’ennemi, intelligence crĂ©atrice d’un mode de survie particulier entre mille que trouve un humain pour pouvoir subsister en faisant l’économie du trĂ© » de la mort symbolique laquelle le terrorise tant, qu’il la rĂ©fute et prĂ©tend pouvoir s’en passer en son for intĂ©rieur. Le choix d’ĂȘtre en ex-il, mort-vivant ! Si je suis en exil, mort-vivant, je n’ai d’autre choix que de m’ill et trer ——————————- [1] “L’ÉNONCIATION en linguistique Française”, de Dominique Maingueneau Surle plan psychologique, tutoyer revient Ă  s’identifier Ă  l’autre, le pronom « tu » crĂ©ant une communautĂ© affective ou d’intĂ©rĂȘt, qu’elle soit Ă©phĂ©mĂšre ou durable. C’est pour cela que deux personnes, lorsqu’elles se 403 ERROR The Amazon CloudFront distribution is configured to block access from your country. We can't connect to the server for this app or website at this time. There might be too much traffic or a configuration error. Try again later, or contact the app or website owner. If you provide content to customers through CloudFront, you can find steps to troubleshoot and help prevent this error by reviewing the CloudFront documentation. Generated by cloudfront CloudFront Request ID lqtAag9BPQxJSgL3qAYIS-y6FCk4Hsv2x0FJKjNg9RfH5IqsU5C-tw== DoĂč l’emploi qu’il ose du tutoiement dans le syntagme figĂ© (autre facteur favorisant) « s’te plaĂźt » : Cl tente ainsi d’instaurer une certaine relation de connivence avec B, connivence que celle-ci refuse, en maintenant ses distances et la relation sur un plan strictement professionnel, ce qui implique le vouvoiement. Cl se rallie aussitĂŽt Ă  ce discret coup de

SommaireUn peu d'histoireTu ou vous ? Selon la culture de l'entrepriseLe tu », un effet de modeLes piĂšges du tutoiementQuelques conseils pratiquesUn peu d'histoire...ConsidĂ©rĂ© sous l'Ancien RĂ©gime comme grossier, le tutoiement arrive via les rĂ©volutionnaires français, qui vont imposer l'usage du tutoiement comme pratique Ă©galitaire et expression du lien universel unissant tous les citoyens français, quel que soit leur mĂ©tier, fonction ou position hiĂ©rarchique et en publiant un dĂ©cret sur le tutoiement obligatoire le 8 novembre 1793. Cette pratique disparaĂźtra sous la Convention thermidorienne 1794/95 et le tu » sera rĂ©servĂ© Ă  l’extrĂȘme intimitĂ© ou Ă  la frĂ©quentation des maisons closes.👀 Au cours du XXe siĂšcle, on assiste au passage du "Vous" au "Tu", largement influencĂ© par la littĂ©rature et le cinĂ©ma avec la cĂ©lĂšbre rĂ©plique de Jean Gabin en voyou Ă  MichĂšle Morgan la bourgeoise bien Ă©levĂ©e T’as d’beaux yeux, tu sais », auquel elle rĂ©pond Embrassez-moi » - puis, aprĂšs le premier baiser Embrasse-moi encore ». La gĂ©nĂ©ration 68 a bousculĂ© les codes, de mĂȘme que la dĂ©ferlante anglo-saxonne oĂč un simple You » suffit, indiffĂ©remment Ă  qui l’on s’adresse. Tu ou vous ? C'est selon la culture d’entrepriseLes relations au travail sont soumises Ă  des codes. L'emploi du tutoiement ou du vouvoiement entre collĂšgues ou entre supĂ©rieurs et subordonnĂ©s en est un. Quand on arrive dans une entreprise, il faut tenir compte des us et coutumes de l'entreprise ou du secteur. Dans le doute et en l'absence d'indication claire, il est prĂ©fĂ©rable de dire vous » et d’attendre l'invitation de passer au tu ».Le tu » une certaine proximitĂ©Le Tu et le Vous sont des outils linguistiques qui permettent de gĂ©rer la proximitĂ© et la distance. Ils expriment les stratĂ©gies plus ou moins conscientes au sein des groupes de travail ; si le "Vous" distancie, le "Tu" vous » prise de distanceLe pronom "Vous" indique la distanciation, indispensable dans les rapports professionnels, et apparaĂźt toutefois plus raffinĂ©, mais cette extrĂȘme politesse peut devenir goujaterie lorsqu’une jeune assistante s’est obstinĂ©e Ă  vouvoyer sa supĂ©rieure qui lui a fait remarquer qu’elle lui renvoyait une image de femme d’ñge mĂ»r
 👉 On me manque de respect au travail, comment rĂ©agir ?Le tu » implique un rapprochement psychologique qui peut apparaĂźtre comme de la manipulation, en donnant l'illusion d'une amitiĂ©. Entre un vous » qui impose une distance et un tu » parfois forcĂ©, il n'est pas toujours facile de choisir. Les tendances le font pour nous...Le tu » un effet de modeL'objectif des entreprises aujourd’hui est de crĂ©er de la proximitĂ© entre les salariĂ©s, d'Ă©tablir une ambiance de travail moins formelle, plus dĂ©contractĂ©e, de favoriser l'esprit d'Ă©quipe et le sentiment d'appartenance. Aujourd’hui, le tu » est donc Ă  son apogĂ©e et devient une mode. Il donne une image dynamique des entreprises qui l’utilisent. Avec l'aplatissement des hiĂ©rarchies et le travail transversal, le tu » construit et renforce la cohĂ©sion. 👉 Attention cependant, le vouvoiement est indispensable dans certains secteurs professionnels santĂ©, banques
 etc.Le piĂšge du tu » quand les relations sont en dangerLa familiaritĂ© sous-entendue par le "Tu" contribue paradoxalement Ă  compliquer les relations et peut crĂ©er un mal-ĂȘtre au travail. Son utilisation n’est jamais anodine ! Tutoyer quelqu'un donne l'impression d'adoucir la relation et d'Ă©viter tout conflit. 😏 Mais tutoyer son supĂ©rieur ne doit pas faire oublier sa position de chef qui saura vous remettre Ă  votre place dĂšs lors qu’il aura une remarque Ă  vous mĂȘme, certains salariĂ©s peuvent se sentir moins Ă  l'aise pour rĂ©clamer une augmentation de salaire ou de meilleures conditions de travail Ă  un directeur qu'ils tutoient. Dans un autre exemple et dans une relation client fournisseur, Ă  moins d'ĂȘtre devenus proches au fil du temps, passer du vous » au tu » risque de confĂ©rer Ă  la relation une dimension affective qui pourrait devenir conseils pratiques1. Évitez de passer du tutoiement ou vouvoiement et aller-retourÀ la suite d’un conflit, chacun reprend ses distances et l’on se re-vouvoie. Cela veut dire que c’était un faux tu », crĂ©ant un plus grand malaise. Cela souligne aussi comme un signe de faiblesse parce qu’en difficultĂ© la personne se rĂ©fugie derriĂšre le vous » car elle perd pied. Il faut savoir prendre son temps le tu » est un chemin de Choisissez ce qui vous convient le mieuxÉnoncez votre difficultĂ© au tutoiement et conservez l'expression qui vous est la plus naturelle... quitte Ă  la faire Ă©voluer avec le temps est la meilleure des solutions
 Mais il est Ă©galement possible de vouvoyer et d'appeler l'autre par son prĂ©nom, ce qui constitue une solution intermĂ©diaire de rapprochement. Vous savez maintenant tout de l'art et la maniĂšre d'utiliser le vous » ou le tu » en entreprise !L'avis de la rĂ©daction tu» ou vous », un choix personnel DĂ©cider de tutoyer ou de vouvoyer un collĂšgue ou un chef doit se faire naturellement, ne vous forcez pas et surtout, n'imposez pas votre loi aux autres ! Certaines personnes ne supportent pas d'ĂȘtre tutoyĂ©es, vous connaissez l'histoire la libertĂ© des uns commence lĂ  oĂč s'arrĂȘte celle des autres... Et si vous avez le sentiment de ne pas trouver votre place dans votre travail, de ne pas vous Ă©panouir, contactez l'un de nos coachs afin de faire le point et de trouver des solutions ensemble đŸ€— Se comprendre, s'accepter, ĂȘtre heureuse... C'est ici et maintenant !BornToBeMeContacter un coachPlus d'explications en vidĂ©oVous avez aimĂ© cet article ? Alors vous aimerez aussi Je n'aime pas travailler, et alors ?Peut-on pleurer au travail ?Psychologie du travail, quelle utilitĂ© ?Infantilisation au travail une source importante de mal-ĂȘtre

Imposerle tutoiement gĂ©nĂ©ralisĂ© comme le vouvoiement gĂ©nĂ©ralisĂ© est une absurditĂ© : il faut laisser Ă  chacun le temps de se faire sa place dans l’entreprise et de faire ses choix.

Les Sonnets » dans la PlĂ©iade Shakespeare, c’est tout un poĂšme AdulĂ© pour son théùtre flamboyant, Shakespeare a Ă©galement signĂ© une oeuvre poĂ©tique remarquable, rassemblĂ©e dans un tout nouveau volume de La PlĂ©iade. L’occasion de revenir sur l’énigme de ses Sonnets ». Leurs sens multiples, leurs jeux de mots, leur rythme et leur harmonie Ă©blouissent encore aujourd’hui. Par Philippe Chevilley La troupe du Berliner Ensemble en 2010, dans une mise en scĂšne de Robert Wilson de 25 sonnets de Shakespeare sur une partition musicale de Rufus Wainwright. ©RUBY WASHINGTON/The New York Tim > ZOOM cliquer l’image On a Ă©prouvĂ© les tempĂȘtes et les guerres, admirĂ© et haĂŻ les rois, rit avec les fous, pleurĂ© avec les amants dĂ©sunis, tutoyĂ© le ciel et la terre
 Cette fois, l’aventure est terminĂ©e le huitiĂšme et dernier tome des oeuvres complĂštes de William Shakespeare 1564-1616, en Ă©dition bilingue dans une nouvelle traduction, est paru dans La PlĂ©iade. Un bouquet final dĂ©diĂ© Ă  la poĂ©sie du grand Will. Pour Jean-Michel DĂ©prats, qui travaille Ă  cette somme depuis deux dĂ©cennies, traduire les fameux Sonnets - au coeur de cet ultime tome - n’a pas Ă©tĂ© la partie la plus facile. Il m’a fallu deux ans et demi pour y parvenir
 » A titre d’exemple, j’ai passĂ© autant de temps sur le sonnet 135 que sur une piĂšce entiĂšre ». Ce sonnet adressĂ© Ă  une mystĂ©rieuse dame brune concentre Ă  la fois tout le gĂ©nie et la complexitĂ© de l’oeuvre polysĂ©mie sexuelle, passion des jeux de mots, rythme hypnotique. Le poĂšte joue avec Will, son prĂ©nom, et celui d’un rival qui dĂ©signe en anglais Ă  la fois le verbe vouloir et l’organe sexuel masculin ou fĂ©minin. De Will » en will », il reproche Ă  sa maĂźtresse de se donner Ă  tous les hommes, mais pas Ă  lui . Pour ne pas altĂ©rer le sens et l’effet produit, j’ai diversifiĂ© les traductions correspondant aux significations diverses.. en restant proche quand c’est possible du son ’will’ par exemple avec le mot ’oui’ ». Fabuleux paradoxe Les Sonnets constituent un fabuleux paradoxe. D’un cĂŽtĂ©, ils illustrent la cohĂ©rence du gĂ©nie shakespearien, dramaturge et poĂšte Ă  part entiĂšre. En dĂ©voilant ce qui semble ĂȘtre sa part intime, ils inclinent Ă  penser que l’homme a bel et bien existĂ©, que Shakespeare n’est pas le nom de code d’un collectif, comme certains le prĂ©tendent. Mais d’un autre cĂŽtĂ©, par leur singularitĂ© et leur caractĂšre Ă©nigmatique, ils accroissent le mystĂšre d’un destin extraordinaire - celui de ce fils de gantier qui, une fois mariĂ©, a brutalement renoncĂ© Ă  sa petite vie paisible dans la ville de Stratford pour conquĂ©rir Londres et le monde. Lorsque Shakespeare s’attaque au sonnet, ce genre noble est tombĂ© en dĂ©suĂ©tude. Qu’à cela ne tienne ! Dans son introduction au tome de La PlĂ©iade, l’universitaire Anne-Marie Miller-Blaise 1 explique que le dramaturge s’est emparĂ© du modĂšle de PĂ©trarque - ode trĂšs codifiĂ©e Ă  l’amour sublimĂ© - pour mieux le subvertir. La structure, trois quatrains suivis d’un distique, sert son dessein exposer des pensĂ©es, pour mieux les questionner, voire les contredire Il retourne les choses, les mots, fait Ă©clater tous leurs sens ». Selon la spĂ©cialiste, pour Shakespeare, il n’y a pas d’interdit du langage. De coĂŻncidence en coĂŻncidence, il nous invite Ă  abolir l’inconscient de la langue ». Jeune Ă©phĂšbe et dame brune La subversion tient aussi aux Ă©panchements Ă©quivoques du poĂšte. Dans les 126 premiers sonnets, il exprime son amour pour un jeune homme ; dans les 28 derniers, son dĂ©sir pour la sulfureuse Dark Lady ». Le chassĂ©-croisĂ© vire au trio amoureux quand le poĂšte jaloux reproche Ă  la dame de vouloir sĂ©duire son amant. S’il semble ne pas vouloir passer Ă  l’acte avec le jeune homme il le voue au lit des femmes et l’incite Ă  se reproduire, il brĂ»le apparemment de dĂ©sir pour l’intrigante dame brune. Cette bisexualitĂ© affichĂ©e n’est pas si surprenante Ă  l’époque Ă©lisabĂ©thaine oĂč l’adolescent Ă©tait volontiers considĂ©rĂ© comme un ĂȘtre androgyne. Mais en faire le fil rouge de ses poĂšmes est osĂ©. Les Sonnets de Shakespeare Illustration du peintre lituanien Stasis Krasaukas pour une Ă©dition de 1966 des Sonnets Difficile de faire le lien avec la vie intime de Shakespeare. On ignore en effet l’identitĂ© de ce duo d’amant et maĂźtresse. L’adresse des poĂšmes Ă  un certain W. H. a permis aux historiens d’échafauder moult thĂ©ories plus ou moins fumeuses en ce qui concerne le nom du garçon. Aucune dame brune n’a en revanche Ă©tĂ© dĂ©busquĂ©e dans son entourage
 Ces serments d’amour ne sont peut-ĂȘtre aprĂšs tout que des fantasmes ou une licence, l’esquisse d’un manifeste poĂ©tique amoureux. William confinĂ© Reste la question intrigante de la publication tardive des sonnets 1609. Shakespeare les a probablement Ă©crits beaucoup plus tĂŽt. Un indice dans Peines d’amour perdues » 1594-1596, le personnage de Rosaline fait beaucoup penser Ă  la Dark lady », souligne Jean-Michel DĂ©prats. Selon le traducteur, la pĂ©riode d’écriture correspond probablement Ă  l’épidĂ©mie de peste. Les théùtres Ă©taient fermĂ©s
 ». Shakespeare confinĂ© se rabat sur la poĂ©sie
 Etrange rĂ©sonance avec aujourd’hui ! Si cette partie de son oeuvre a Ă©tĂ© Ă©ditĂ©e sur le tard, c’est peut-ĂȘtre parce que son auteur n’avait pas pensĂ© Ă  les publier, prĂ©fĂ©rant les faire tourner parmi un groupe d’amis ou de protecteurs. AccaparĂ© par le théùtre, il n’avait sans doute pas le temps de les mettre en forme » , suggĂšre Anne-Marie Miller-Blaise. D’autant que ses piĂšces reprĂ©sentaient une activitĂ© bien plus lucrative. Un recueil de poĂ©sie Ă©tait vendu une fois pour toutes Ă  une librairie ». ConsĂ©quence, les Sonnets connaissent peu de succĂšs de son vivant. Et quand on les redĂ©couvrira aprĂšs sa mort, ce sera surtout pour dĂ©noncer leur caractĂšre licencieux. Ce traitement particulier du dĂ©sir, du temps, de l’éternitĂ© trouve encore un Ă©cho de nos jours. La langue des sonnets apparaĂźt trĂšs moderne, proche de la nĂŽtre Cette oeuvre si agile connaĂźtra finalement un Ă©blouissant retournement de fortune. En particulier en France, deux siĂšcles plus tard, quand les romantiques font du poĂšte anglais leur barde » favori. Cette exaltation de l’amour, ce traitement particulier du dĂ©sir, du temps, de l’éternitĂ© trouve encore un Ă©cho de nos jours. La langue des sonnets apparaĂźt trĂšs moderne, proche de la nĂŽtre » , explique Anne-Marie Miller-Blaise. Jean-Michel DĂ©prats est du mĂȘme avis Tous les Ă©tats de l’amour y sont convoquĂ©s, Ă  la façon de Roland Barthes. Les Sonnets nous proposent un parcours amoureux diversifiĂ©, souvent douloureux, plus rarement portĂ© par la joie de la beautĂ© et de la fidĂ©litĂ© ». Ils Ă©voquent aussi le temps qui nous est comptĂ©, le caractĂšre Ă©phĂ©mĂšre des passions. Des thĂšmes Ă©ternels dans une langue sans Ăąge
 En tĂ©moignent les publications et les nouvelles traductions qui ne cessent de se multiplier en ce dĂ©but de millĂ©naire. Alexandrins blancs DES THEMES QUI TROUVENTENCORE UN ECHO DE NOSJOURS ET UNE LANGUE QUIAPPARAÎT TRES MODERNEPROCHE DE LA NÔTRE Le volume de La PlĂ©iade offre justement en bonus une anthologie des meilleures traductions des sonnets en français depuis deux siĂšcles. Chateaubriand, Francois-Victor Hugo, Yves Bonnefoy, Claude Neumann
 quelque soixante auteurs et autant de visions diffĂ©rentes explorent tous les possibles d’une oeuvre inĂ©galĂ©e. Quid de la version de Jean-Michel DĂ©prats ? J’ai voulu Ă©viter deux extrĂȘmes un excĂšs de formalisme, la recherche de la rime pour la rime qui dĂ©nature le sens des mots et du poĂšme dans son ensemble. Ou Ă  l’inverse une transposition dans une prose qui oublierait la poĂ©sie ». Aussi revendique-t-il un entre-deux » J’ai optĂ© pour des alexandrins blancs sans rime en m’autorisant de rares Ă©carts quelques dĂ©casyllabes et vers de quatorze syllabes quand j’y Ă©tais contraint ». RĂ©sultat, un beau travail Ă©quilibrĂ© qui prĂ©serve la magie de ces vignettes miraculeuses, respecte la musique des vers, en clarifiant au maximum le propos. Le traducteur reste humble Il y a tellement de polysĂ©mie, tenter une traduction parfaite est vouĂ© Ă  l’échec. On ne peut pas rendre en français toute cette richesse. On ne peut faire entendre que deux ou trois sens sur six ou sept. C’est peut-ĂȘtre un avantage
 car les Anglais, Ă  vouloir tout saisir s’y perdent parfois » 
 Il faut en tout Ă©tat de cause ne pas hĂ©siter Ă  consulter les notes de l’ouvrage qui permettent de contextualiser chaque sonnet donnĂ©es historiques, convictions de l’époque
 Et pour en saisir toute la substantifique moelle, certains mĂ©ritent d’ĂȘtre lus deux ou trois fois. Contre la violence sexuelle En contrepoint, La PlĂ©iade a rĂ©uni les autres oeuvres poĂ©tiques de Shakespeare, dont les deux poĂšmes narratifs Ă©rotico-mythologiques VĂ©nus et Adonis » 1593 et Le Viol de LucrĂšce » 1594 traduits par Henri Suhamy. En apparence convenus, ils traitent avec audace du dĂ©sir et de ses perversions VĂ©nus prĂȘte Ă  tout pour sĂ©duire Adonis, Tarquin qui franchit toutes les portes de l’abjection pour possĂ©der LucrĂšce. Moins retravaillĂ©s, fulgurants, ils frappent par leur cĂŽtĂ© poignant et leur incroyable ironie », affirme Anne-Marie Miller-Blaise. Le viol de LucrĂšce », en particulier s’avĂšre extralucide dans sa maniĂšre de dĂ©monter la violence sexuelle. TrĂšs proche d’un texte dramatique, le poĂšme a l’envergure et la majestĂ© d’une tragĂ©die Ă  la française ». Chrono-lithographie The Genius of Shakespeare », de 1888, le reprĂ©sentant devant ses plus cĂ©lĂšbres piĂšces de théùtre .©Bridgeman Images ZOOM cliquer l’image PrĂ©fĂšrera-t-on toujours le Shakespeare dramaturge au Shakespeare poĂšte ? Cette opposition n’a pas lieu d’ĂȘtre » assure Jean-Michel DĂ©prats. Il y a autant de poĂ©sie dans son théùtre, que de théùtralitĂ© dans sa poĂ©sie. Des sonnets et diverses formes lyriques sont insĂ©rĂ©s dans ses piĂšces dans PĂ©riclĂšs », La vie d’Henri V », La TempĂȘte » Les chansons d’Ariel, RomĂ©o et Juliette » le choeur et le premier Ă©change entre les amants
 » Quant aux Sonnets » eux-mĂȘmes, ils ont autant vocation ĂȘtre dits Ă  haute voix que lus ». ChantĂ©s mĂȘme, parfois le metteur en scĂšne amĂ©ricain Robert Wilson en a fait en 2010 un beau spectacle musical, sur une partition du tĂ©nor pop Rufus Wainwright. La messe est dite. Shakespeare in love » a rĂ©volutionnĂ© la poĂ©sie, comme le théùtre. Depuis quatre siĂšcles, le poĂšte amoureux fait battre les coeurs plus vite avec ses intrigants sonnets. Quel amante rĂ©sisterai Ă  l’appel du numĂ©ro 43 ? Tous mes jours sont des nuits tant que je ne te voie/et mes nuits des jours clairs quand je rĂȘve de toi ». All days are nights to see till I see thee, /And nights brights days when dreams do show thee me » A lire Sonnets et autres poĂšmes OEuvres complĂštes, VIII. Edition publiĂ©e sous la direction de Jean-Michel DĂ©prats et GisĂšle Venet. BibliothĂšque de La PlĂ©iade, pages, 59euros. prix de lancement ; 1 professeure en littĂ©rature anglaise et histoire culturelle des XVIe et XVIIesiĂšcles Ă  UniversitĂ© Sorbonne nouvelle. CHRONOLOGIE POETIQUE 1593 publication Ă  29 ans du poĂšme Venus et Adonis » 1594 Le viol de LucrĂšce » 1594 -1995 Ecriture des piĂšces Le Songe d’une nuit d’étĂ© », fantasmagorie poĂ©tique s’il en est, et de RomĂ©o et Juliette », avec ses accents tragiques et ses sonnets. 1599-1601 Hamlet », la piĂšce la plus intime de Shakespeare, sorte de manifeste mĂ©lancolique. 1609 Publication des Sonnets, probablement Ă©crits dans les annĂ©es 1590. 1610-11 La TempĂȘte », chef-d’oeuvre fĂ©erique. 1611 Macbeth avec son atmosphĂšre onirique et ses sorciĂšres. Par Philippe Chevilley CrĂ©dit Les Echos, le 24 mars 2021 Shakespeare mon amour La premiĂšre rencontre entre RomĂ©o et Juliette se matĂ©rialise par un Ă©change de mots qui devient un sonnet. Pour François-Victor Hugo qui ressuscita le théùtre shakespearien au 19Ăšme, le sonnet est le langage mĂȘme des amoureux. Comment Shakespeare construit-il l’amour dans et par la langue ? Shakespeare‱ CrĂ©dits CSA Images-Getty L’invitĂ©e du jour Anne-Marie Miller-Blaise, professeure en littĂ©rature et histoire culturelle britanniques des 16e-17e siĂšcles Ă  l’UniversitĂ© Sorbonne Nouvelle - Paris 3, vice-prĂ©sidente de la SociĂ©tĂ© Française Shakespeare Le sonnet, langage de l’amour Shakespeare a Ă©crit Ă  une pĂ©riode oĂč l’on considĂšre le théùtre comme de la poĂ©sie
 Mais il a un rapport diffĂ©rent peut-ĂȘtre Ă  la poĂ©sie et ses enjeux, Ă  la fois sur la scĂšne et dans l’écriture de ses sonnets. La rencontre entre RomĂ©o et Juliette se matĂ©rialise dans le texte de la piĂšce, Ă  l’acte I scĂšne 5, par un Ă©change de mots qui devient un sonnet
 Comme le dira plus tard François-Victor Hugo, tous les amoureux font des sonnets, c’est le langage mĂȘme des amoureux. Anne-Marie Miller-Blaise Le sonnet, Ă©criture de l’intime ? Penser que le sonnet est une Ă©criture de l’intime est une idĂ©e qui surgit au 18Ăšme siĂšcle lorsqu’on commence Ă  identifier le Shakespeare des sonnets comme un Shakespeare qui parlerait en son nom propre, et qu’on commence Ă  voir les sonnets comme une trace autobiographique de l’auteur. DĂšs PĂ©trarque, le sonnet est une forme qui semble donner voix et corps Ă  une douleur amoureuse ressentie au plus profond de soi mĂȘme, mais il faut se garder de cette tentation il faut penser le sonnet comme partiellement biographique, peut-ĂȘtre, mais aussi comme une auto-fiction... Anne-Marie Miller-Blaise Textes lus par Denis PodalydĂšs - William Shakespeare,Sonnets, Sonnet 18, Sonnet 20 et Sonnet 64, 1609, traduction de Jean-Michel DĂ©prats, Ă  paraĂźtre fin 2020, Ă©dition de la PlĂ©iade, vol. VIII dernier volume des ƒuvres complĂštes Sons diffusĂ©s - Extraits de Shakespeare in love, film de John Madden, 1998- Extrait de RomĂ©o et Juliette, film de Franco Zeffirelli, 1968- Chanson de Rufus Wainwright, Take all my loves Sonnet 40 À RÉÉCOUTER SÉRIE William Shakespeare, 4 Ă©pisodes France Culture / La compagnie des auteurs Le mĂȘme Shakespeare Ă©crit Hamlet » et les Sonnets » PAR JEAN-MICHEL DÉPRATS LE 10 MARS 2021 
 Entreprendre de retraduire une Ɠuvre majeure, mĂȘme cent fois traduite, et parfois avec Ă©clat, n’exprime nullement une insatisfaction vis-Ă -vis des accomplissements antĂ©rieurs. La retraduction ne porte pas en soi une critique voilĂ©e des poĂštes traducteurs qui vous ont prĂ©cĂ©dĂ©. Comme l’écrit clairement Jacques Darras, lui-mĂȘme par deux fois retraducteur rĂ©cent desSonnetsde Shakespeare C’est le propre de l’Ɠuvre accomplie, en musique comme en poĂ©sie, que de permettre une infinie quantitĂ© de lectures, de traductions. [
] Sachant qu’il n’y en aura jamais de version dĂ©finitive [
] traduire lesSonnetsde Shakespeare, c’est toucher au principe d’insatisfaction » Il y a toujours place pour autre chose. Au tome I desƒuvres complĂštes de Shakespeare dans la PlĂ©iade, un texte de rĂ©flexion sur les questions de traduction, intitulĂ© Traduire Shakespeare » et sous-titrĂ© Pour une poĂ©tique théùtrale de la traduction shakespearienne », prĂ©sente la problĂ©matique gĂ©nĂ©rale de la traduction théùtrale et explore les apories et les limites de la traduction en français moderne de l’anglais Ă©lisabĂ©thain. J’y affirme la spĂ©cificitĂ© de la traduction destinĂ©e Ă  la scĂšne, entĂ©e sur la perception de ce que Patrice Pavis appelle le verbo-corps1 » et qui dĂ©signe l’inscription du souffle et de la gestualitĂ© dans la langue. À travers les rythmes, les assonances, les rimes intĂ©rieures, les effets allitĂ©ratifs, les ruptures syntaxiques ou les coulĂ©es verbales, Shakespeare guide l’acteur dans son jeu, et il n’est aucun Ă©lĂ©ment de son Ă©criture dramatique qui soit sans consĂ©quences pour l’interprĂ©tation d’un rĂŽle. La question se pose donc d’emblĂ©e les caracĂ©risiques de la traduction théùtrale, telle que je l’entends, la dĂ©finis et la pratique, s’appliquent-elles Ă  la traduction desSonnets ? Faut-il au contraire inventer une autre approche et esquisser une autre esthĂ©tique pour cerner et transmettre la spĂ©cificitĂ© de la forme lyrique ? Les lignes qui suivent ont pour seul objet d’aborder et de problĂ©matiser ces questions fondamentales. Elles s’attachent Ă  dĂ©crire les options adoptĂ©es dans cette nouvelle traduction desSonnets, non Ă  Ă©laborer une thĂ©orie de la traduction poĂ©- tique comme celle, convaincante et brillamment argumentĂ©e, que dĂ©veloppe Yves Bonnefoy dans les pages qu’il consacre, au sujet des mĂȘmes sonnets, Ă  l’exposĂ© de sa propre dĂ©marche. L’étroite imbrication du poĂ©tique et du théùtral dans l’Ɠuvre de Shakespeare est manifeste. Nul ne songerait Ă  dire que Shakespeare est moins poĂšte dans ses piĂšces que dans sesSonnetset ses autres poĂšmes. De nombreuses formes lyriques sont insĂ©rĂ©es dans le tissu mĂȘme des piĂšces, qu’il s’agisse, dansRomĂ©o et Juliette, des sonnets que prononce le ChƓur en guise de Prologue Ă  la piĂšce, ou, au dĂ©but de l’acte II, du sonnet, encore, que forment les rĂ©pliques alternĂ©es des personnages Ă©ponymes lors de leur premiĂšre rencontre ; ou bien, dansPĂ©riclĂšs, des diffĂ©rentes interventions en octosyllabes de Gower, qui fait fonction de chƓur. Dans l’intervalle la date de compo- sition deRomĂ©o et Juliettese situe entre 1594 et 1596, et celle dePĂ©riclĂšsen 1608, la forme lyrique est choisie en particulier pour les somptueuses interventions du Prologue ou du ChƓur dansLa Vie d’Henry V, et pour les chansons d’Ariel dansLa TempĂȘteou celles du Bouffon dansLa Nuit des n’ai citĂ© que les exemples les plus manifestes et les plus Ă©tincelants. À l’inverse, il y a de la théùtralitĂ© dans lesSonnets. Le recueil de 1609 met plus ou moins en scĂšne les diffĂ©rents moments d’une relation, voire, parfois, une intrigue ; au fil de la sĂ©quence s’installe un dialogisme entre deux entitĂ©s qui peuvent ĂȘtre deux identitĂ©s du poĂšte, entre le poĂšte et l’aimĂ©, ou entre le poĂšte et son amante. Bien que la lecture de poĂšmes Ă  haute voix ne soit pas, ou ne soit plus, une pratique sociale courante en France — alors qu’elle fait partie de la cĂ©lĂ©bration publique de la poĂ©sie en Grande-Bretagne, au Portugal et plus encore en Russie — je soulignerai ici l’importance de l’oralitĂ©et mĂȘme de lavocalitĂ©de l’écriture poĂ©tique de Shakespeare dans ses crĂ©ations lyriques tout autant que dans son Ɠuvre dramatique. La figure du poĂšte n’est pas scindĂ©e en deux le poĂšte desSonnetset des deux grands poĂšmes mythologiques et Ă©rotiques d’une part, celui des crĂ©ations dramatiques de l’autre. C’est le mĂȘme Shakespeare qui Ă©critHamletet lesSonnets. Un mĂȘme rythme emporte et soutient les poĂšmes et les piĂšces de théùtre, oĂč l’on entend et reconnaĂźt une mĂȘme voix. Pour le dire clairement, les sonnets de Shakespeare sont donc des textes Ă direautant que des textes Ă lire. Il y a Ă  cet Ă©gard des similitudes entre la traduction théùtrale et la traduction poĂ©tique. Dans l’un et l’autre cas, les mots sont des gestes, traduisant les pulsions de la pensĂ©e dans un phrasĂ© liĂ© au souffle. Incidemment, l’auteur desSonnetsfait une rĂ©fĂ©rence explicite au jeu de l’acteur au Sonnet 23, dont les premiers vers Ă©voquent un acteur en scĂšne hĂ©sitant sur ses vers, / que le trac paralyse et qui oublie son rĂŽle ». Comme la traductionde théùtre, la traductionde poĂ©sie ne peut se contenter de donner Ă  comprendre, elle doit aussi donner Ă  entendre, et j’ajouterai, donner Ă  voir Ă  l’Ɠil qui Ă©coute » Claudel. À l’invar du traducteurde théùtre, le traducteur de poĂ©sie n’a qu’un guide dans le dĂ©dale des exigences multiples, souvent contradictoires, qui le tenaillent l’écoute d’une voix dont il cherche Ă  trouver l’inflexion. Une voix, une diction, une respiration qui lui font prĂ©fĂ©rer tel vocable, telle musique, tel ordre des mots. Ce travail sur la physique de la langue tente de relayer l’économie trĂšs particuliĂšre desSonnetset de recrĂ©er en français leur Ă©nergie phonatoire et vocale tout en respectant la contrainte de la concision. Il rĂȘve, face Ă  la forme fixe, deux options antithĂ©tiques qui divisent et opposent les traducteurs soit le respect sacrĂ© de toutes les caractĂ©ristiques formelles du poĂšme, et en particulier du sonnet dans sa version dite shakespearienne » — sa rĂ©gularitĂ© mĂ©trique mais aussi ses rimes et son schĂ©ma de rimes —, soit, Ă  l’inverse, une Ă©criture plus libre privilĂ©giant d’autres Ă©lĂ©ments, comme la clartĂ© du sĂ©mantisme et le suivi de la ligne narrative et dramatique. La lecture de nombreuses traductions desSonnetsmontre que les Ă©lĂ©ments majeurs de ces deux options, respect des caractĂ©ristiques formelles et suivi de la ligne narrative et dramatique, ne sont guĂšre compatibles. Deux Ă©cueils symĂ©triques sur lesquels nous allons revenir guettent en effet le traducteur qui adopte l’une ou l’autre approche de façon systĂ©matique. Il va de soi que ces options contraires ne sont pas les seules qui s’offrent aux traducteurs 
 La fascination exclusive de la forme, conçue comme seule incarnation respectable de la fidĂ©litĂ©, fait courir le risque de la domination de la mĂ©trique et donc du primat de la versification ; elle Ă©loigne le traducteur de la crĂ©ation poĂ©tique dans sa langue et dans son temps. Aujourd’hui surtout, alors que la poĂ©sie contemporaine ne pratique plus guĂšre la rime, sauf avec des intentions parodiques. Contrairement Ă  ce que l’on croit couramment, rien n’est plus facile ni plus dangereux pour un traducteur que d’écrire non pas de la poĂ©sie, mais des vers, de cĂ©der Ă  ce qu’Henri Meschonnic appelle, avec l’acerbe et impi- toyable luciditĂ© qui le caractĂ©rise, la comĂ©die versificatoire ». On dĂ©cĂšle Ă  la simple Ă©coute les mots qui ne sont lĂ  que pour la rime ou pour le mĂštre et auxquels rien ne correspond dans l’original. Il peut certes arriver que les rimes d’un sonnet de Shakespeare soient rhĂ©toriques et de pure forme, voire qu’il s’agisse de simples rimes pour l’Ɠil. Mais c’est extrĂȘmement rare. Une traduction qui accorde la prĂ©dominance aux structures rimiques et mĂ©triques s’éloigne du suivi scrupuleux de la construction verbale et du parcours du sens. Elle conduit Ă  privilĂ©gier la rhĂ©torique, confond poĂ©sie et versification. Une telle dĂ©marche convient mieux sans doute Ă  des Ɠuvres marquĂ©es par un degrĂ© extrĂȘme de formalisation, comme les longs poĂšmes narratifs que sontVenus et AdonisetLe Viol de LucrĂšce. Les traducteurs qui, Ă  rebours, se mĂ©fient de l’embaumement qu’implique la prĂ©dominance de la forme courent quant Ă  eux le risque ou assument le choix ? de transformer le poĂšme en rĂ©cit en prose, une prose au mieux cadencĂ©e ou rythmĂ©e. Une partie des traductions les plus rĂ©centes se mĂ©fient tellement des formes fixes et des vers rĂ©guliers — dĂ©casyllabes ou alexandrins — qu’elles conduisent Ă  nier tout principe de rĂ©currence et de structuration dans la crĂ©ation du poĂšme. Une suite de lignes composĂ©es d’un nombre constamment variable de syllabes fait totalement oublier la forme du sonnet. Les rĂ©alisations qui en dĂ©coulent donnent le sentiment que le traducteur n’a fait que la moitiĂ© du chemin, tenant pour nĂ©gligeable le fait que la crĂ©ation poĂ©tique de Shakespeare apris formedans une construcion verbale codifiĂ©e qui canalise sans l’occulter le jaillissement de la pensĂ©e. Conscient de ces deux dangers opposĂ©s, j’ai, pour ma part, tentĂ© un compromis ou une synthĂšse des deux approches en traduisant lesSonnetsde Shakespeare en alexandrins blancs, donc en vers non rimĂ©s, convaincu qu’assonances, allitĂ©rations, rimes intĂ©rieures, Ă©chos internes et rythme d’ensemble offrent une structuration plus discrĂšte mais tout aussi efficace que celle des rimes. Les premiĂšres traductions des Sonnets de Shakespeare en alexandrins non rimĂ©s sont dues Ă  Abel DoysiĂ© 1919 puis Ă  Émile Le Brun 1927, suivis plus tardivement 1942 par Giraud d’Uccle pseudonyme de LĂ©on Kochnitzky, puis avec brio par Henri Thomas 1961, et dans un passĂ© plus rĂ©cent par Robert Ellrodt 2002, 2007, envers qui j’exprime ici ma gratitude et mon admiration. Sa traduction est Ă  ce jour la plus sĂ»re du point de vue de l’exacitude et de la complexitĂ© du sens. Mon approche se diffĂ©rencie de la sienne en ce que je m’accorde plus de souplesse et de libertĂ©s dans l’ordonnancement du poĂšme, incluant dans un souci de fluiditĂ©, au milieu des alexandrins blancs, des vers de quatorze syllabes quand le contenu informatif oblige Ă  ĂȘtre plus long et des dĂ©casyllabes quand, Ă  l’inverse — plus rarement —, ce mĂštre suffit Ă  prendre en charge la totalitĂ© des dĂ©notations et connotations. Puisque le ton et le style de l’énonciation sont dĂ©libĂ©rĂ©ment plus modernes que dans les traductions en alexandrins classiques, j’ai Ă©galement souvent recours Ă  lacĂ©sure Ă©pique ; courante au Moyen Âge, rĂ©apparue avec les symbolistes et les modernistes, elle consiste Ă  compter comme hexasyllabe un premier hĂ©mistiche se terminant soit par unemuet non suivi d’une voyelle, soit par unesuivi d’unsmarquant le pluriel, alors que dans l’alexandrin classique l’hĂ©mistiche n’est hexasyllabique que si leemuet est suivi d’une voyelle. Ainsi, dans ma traduction, le vers 1 du Sonnet 65 S’il n’eest bronze ni pierre, terre ou mer infinie », ou le vers 7 du Sonnet 78 Ont ajoutĂ© des plumes Ă  l’aile des savants », hypermĂ©triques 13 syllabes si l’on applique rigoureusement les rĂšgles de l’alexandrin classique, peuvent ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des alexandrins si, suivant la pratique orale, on a recours Ă  lacĂ©sure Ă©piquequi Ă©lide la syllabe finale des premiers hĂ©mistiches pierre » dans le Sonnet 65 ou plumes » dans le Sonnet 781.Cette variĂ©tĂ© mĂ©trique et la licence qu’ajoute la cĂ©sure Ă©pique visent Ă  Ă©liminer les chevilles et Ă  privilĂ©gier l’énonciation mimĂ©tique sans recourir Ă  des artifices de pure forme. Henri Meschonnic invite Ă  pourchasser aujourd’hui les poĂ©tismes », dont l’inversion sytĂ©matique et la nĂ©gation simple un ne » non suivi d’un pas » ou d’un point » sont les manifestations les plus frĂ©quentes. Sans ignorer que la diction poĂ©tique ne s’indexe pas sur le parler courant ou l’oralitĂ© naturelle, je crois plus proche de l’essence de la poĂ©sie de rĂ©duire artefacts et conventions dĂ©sormais mortes, et je n’ai pour ma part aucune gĂȘne Ă  dĂ©clarer que j’ai obstinĂ©ment recherchĂ© la clartĂ© et la limpiditĂ©, activant constamment cette propriĂ©tĂ© inhĂ©rente Ă  la traduction d’opĂ©rer quel que soit le dessein conscient du traducteur une forme d’exĂ©gĂšse et d’explicitation. Beaucoup de sonnets shakespeariens Ă©tant d’une grande complexitĂ© et d’une grande densitĂ© de pensĂ©e, ce souci de limpiditĂ© me semble plus Ă  mĂȘme de donner un Ă©cho convaincant du poĂšme qu’une pratique faussement mallarmĂ©enne d’obscuritĂ© dĂ©libĂ©rĂ©e. Je n’entends personnellement pas la voix de Shakespeare dans ces versions françaises qui, confuses Ă  la premiĂšre lecture, le relĂšent Ă  la deuxiĂšme ou Ă  la troisiĂšme et qui semblent confondre obscuritĂ© et profondeur. Sur un point prĂ©cis, j’ai, traduisant lesSonnets, inflĂ©chi ma pratique par rapport Ă  mes principes de traduction des Ɠuvres dramatiques celui du respect de l’alternance entre tutoiement et vouvoiement ou, pour ĂȘtre linguistiquement plus exa ?, de l’alternance entre leyouet lethoudans l’adresse Ă  un interlocuteur en anglais n’est que de façon trĂšs globale et grossiĂšre que l’on peut assimiler l’alternance duyouet duthouen anglais Ă©lisabĂ©thain Ă  celle du vouvoiement et du tutoiement en français. Dans les Ɠuvres dramatiques, l’essentiel est de marquer le passage duyouauthouĂ  l’intĂ©rieur d’une scĂšne, et parfois le retour auyouau cours de la mĂȘme scĂšne. Seul le passage duvo=autuet le retour Ă©ventuel auvo=peuvent marquer en français la modification du rapport entre deux personnages. Il ne me paraĂźt guĂšre dĂ©montrable que, dans lesSonnets, l’adresse au bien-aimĂ© ou Ă  l’amante parthouimplique un rapport plus intime et plus affectif que l’adresse paryou. Dans ces conditions, j’ai optĂ© pour le tu » dans tous les cas de figure, le vouvoiement d’une amante ou d’un bien-aimĂ© risquant de traduire une forme de snobisme et exprimant surtout en français la dĂ©fĂ©rence et la distance sociale. Il est de fait que l’homme dont le poĂšte est amoureux dans lesSonnets— qu’il se nommĂąt Henry Wriothesley ou William Herbert, selon les conjectures les plus frĂ©quentes — Ă©tait un aristocrate, mais privilĂ©gier le vous » dans ces poĂšmes d’amour conduit, me semble-t-il, Ă  renoncer Ă  l’expression du sentiment d’intense attachement affectif dont ils tĂ©moignent. C’est assurĂ©ment un choix discutable, mais je le revendique parce qu’il me semble un adjuvant prĂ©cieux dans la recherche d’une proximitĂ© avec le lecteur 
. Jean-Michel DĂ©prats Extraits du texte de Jean-Michel DĂ©prats Traduire les Sonnets » dans le volume Sonnets et autres poĂšmes qui vient de paraitre sous sa direction et celle de GisĂšle Venet dans le Tome VIII des Oeuvres complĂštes de Shakespeare, BibliothĂšque de la PlĂ©iade Jean-Michel DĂ©prats » et Rare portrait considĂ©rĂ© comme authentique de William Shakespeare , vers 1610, attribuĂ© Ă  John Taylor et dit le Chandos » pour avoir appartenu Ă  Lord Chandos » photos CrĂ©dit

Bonjour je commence tout doucement Ă  chercher des sujets et des situations pour mon TFE (je suis au semestre 4). Le tutoiement et le vouvoiement, et ce que cela implique dans la relation soignant/soignĂ© m’intĂ©resse beaucoup. J'ai une petite situation provenant de mon stage en psychiatrie qui n'est pas encore fini. NICOLAS OPPENCHAIM Observatoire du Samusocial de Paris Laboratoire LVMT Paris Est Sociologie RĂ©sumĂ© . L’objectif de cet article est de prĂ©senter un exemple de participation active des adolescents Ă  une recherche de sociologie sur leurs mobilitĂ©s urbaines. Dans le cadre de cette recherche menĂ©e dans des Ă©tablissements scolaires, les adolescents ont ainsi rĂ©alisĂ© des questionnaires de sociologie qu’ils ont distribuĂ©s Ă  d’autres jeunes. Ils ont Ă©galement pris des photographies et Ă©crit des textes sur leurs mobilitĂ©s, avant d’ĂȘtre interrogĂ©s individuellement sur ce thĂšme par le chercheur. Cette mĂ©thode a pour premier avantage de favoriser le consentement Ă©clairĂ© des adolescents en leur faisant comprendre les implications de leur participation Ă  une recherche. Elle permet Ă©galement de crĂ©er une relation de confiance avec les adolescents et de stimuler leur rĂ©flexivitĂ© afin de les associer Ă  l’élaboration de la recherche. Introduction Est-ce que prendre les adolescents comme objet d’étude suppose l’utilisation de mĂ©thodes de recherche diffĂ©rentes de celles utilisĂ©es pour les adultes ? Quelles sont les mĂ©thodes permettant de concilier rigueur scientifique et prĂ©occupations dĂ©ontologiques dans l’étude de cette population ? Ces questions ont Ă©tĂ© beaucoup plus abordĂ©es dans la littĂ©rature sociologique anglophone que dans celle en langue française Danic et al, 2006. Or, elles se sont rĂ©vĂ©lĂ©es centrales dans le cadre de la recherche que j’ai menĂ©e sur les mobilitĂ©s quotidiennes des adolescents de zones urbaines sensibles ZUS. Cette recherche avait pour point de dĂ©part l’idĂ©e que la mobilitĂ© constitue une Ă©tape importante de la socialisation des adolescents, car elle est le support du passage du monde familier au domaine public Breviglieri, 2007. Elle permettait ainsi d’enrichir les approches statiques de la sĂ©grĂ©gation, en ne rĂ©sumant pas l’inscription urbaine des adolescents de ZUS Ă  leur localisation rĂ©sidentielle et en prenant en compte les interactions qu’ils ont avec des citadins d’une autre origine gĂ©ographique et sociale durant leurs mobilitĂ©s Oppenchaim, 2009. Lors de cette recherche, j’ai alors Ă©tĂ© confrontĂ© Ă  un certain nombre de difficultĂ©s mĂ©thodologiques et dĂ©ontologiques, inextricablement liĂ©es comment un enquĂȘteur adulte peut-il accĂ©der aux pratiques de mobilitĂ© des adolescents, qui sont un moment privilĂ©giĂ© de l’entre-soi adolescent ? Comment recueillir et utiliser pour un travail acadĂ©mique des informations sur ces pratiques en s’assurant que les adolescents comprennent ce qu’implique leur participation Ă  la recherche ? Ces diffĂ©rentes difficultĂ©s m’ont conduit Ă  dĂ©velopper une mĂ©thodologie inĂ©dite dont le but Ă©tait de favoriser la participation active des adolescents dans la recherche. J’ai ainsi mis en place des projets dans des Ă©tablissements scolaires, combinant initiation des adolescents Ă  la sociologie, rĂ©alisation de textes et de photographies sur leurs mobilitĂ©s ainsi que des entretiens individuels semi-directifs. Afin de mieux comprendre la dĂ©marche mĂ©thodologique que j’ai suivie, je procĂ©derai en trois temps. Je dĂ©velopperai tout d’abord les problĂšmes que soulĂšve l’étude des pratiques de mobilitĂ© des adolescents. Puis, je montrerai en quoi la participation active des adolescents dans la recherche permet de rĂ©soudre en partie ces problĂšmes, avant d’exposer comment j’ai concrĂštement favorisĂ© cette participation. Quels problĂšmes dĂ©ontologiques et mĂ©thodologiques soulĂšve l’étude des pratiques de mobilitĂ© des adolescents ? La premiĂšre difficultĂ© mĂ©thodologique spĂ©cifique Ă  laquelle est confrontĂ© un chercheur adulte travaillant sur les adolescents est de mener une recherche malgrĂ© la distance gĂ©nĂ©rationnelle qui existe entre lui et les enquĂȘtĂ©s. En effet, les adolescents se situent dans une pĂ©riode de remise en cause du contrĂŽle des adultes sur leurs pratiques et d’affranchissement vis-Ă -vis de la tutelle des institutions en charge de leur encadrement Zaffran, 2010. Paradoxalement, la mise en relation du chercheur avec les enquĂȘtĂ©s passe nĂ©anmoins majoritairement par ces institutions Ă©cole, centres sociaux, associations d’aide aux devoirs
, car les adolescents y passent une grande partie de leurs temps et que la prĂ©sence d’adultes y est tolĂ©rĂ©e. Ce passage par les institutions ne concerne pas seulement les chercheurs s’intĂ©ressant aux pratiques des adolescents dans ces lieux, mais Ă©galement ceux qui travaillent sur les pratiques se dĂ©roulant en dehors des cadres institutionnels. En effet, ces pratiques, comme les mobilitĂ©s, constituent des moments privilĂ©giĂ©s de l’entre-soi adolescent. Cela rend alors difficile la prĂ©sence prolongĂ©e d’un enquĂȘteur adulte auprĂšs des adolescents lorsqu’ils rĂ©alisent ces activitĂ©s. Le chercheur peut certes prendre comme terrain d’observation les lieux non institutionnels dans lesquels les adolescents se rendent durant leur temps libre, comme les centres commerciaux Kokoreff, 1998. NĂ©anmoins, les entretiens avec les adolescents constituent la source d’accĂšs Ă  ces pratiques la plus souvent utilisĂ©e. L’étude des pratiques extra-institutionnelles des adolescents est alors marquĂ©e par ce paradoxe les institutions constituent une voie d’entrĂ©e privilĂ©giĂ©e, voire unique, pour le chercheur, alors mĂȘme que les adolescents souhaitent s’émanciper de la tutelle de ces institutions et Ă©prouvent, pour certains, une relative mĂ©fiance Ă  leur Ă©gard. Cette mĂ©diation par les institutions doit alors impĂ©rativement ĂȘtre intĂ©grĂ©e Ă  l’analyse des rĂ©sultats obtenus. Elle n’est en effet pas sans influence sur la relation d’enquĂȘte entre des adolescents et un enquĂȘteur adulte, plus ou moins assimilĂ© Ă  l’institution par laquelle il est entrĂ© en contact avec eux. L’enquĂȘteur ne peut alors totalement s’émanciper des relations asymĂ©triques, notamment en terme de pouvoir et d’autoritĂ©, qui structurent la relation de l’adolescent Ă  cette institution. De mĂȘme, cette mĂ©diation influence le profil des adolescents auxquels l’enquĂȘteur accĂšde. L’institution par laquelle le chercheur entre en relation avec les adolescents peut ainsi ĂȘtre en charge d’un public spĂ©cifique. Le choix des adolescents retenus pour l’enquĂȘte peut ĂȘtre Ă©galement fortement orientĂ© par les personnels institutionnels assurant l’interface avec le chercheur Sime, 2008. Le passage par des institutions pour accĂ©der aux adolescents enquĂȘtĂ©s pose donc un certain nombre de problĂšmes mĂ©thodologiques. Mais il soulĂšve Ă©galement des considĂ©rations Ă©thiques, notamment en ce qui concerne le consentement Ă©clairĂ© Ă  participer Ă  la recherche. Par exemple, lorsque la mise en contact du chercheur avec les adolescents se fait par l’intermĂ©diaire de l’institution scolaire, il peut exister une confusion aux yeux des adolescents entre la recherche proprement dite et les activitĂ©s scolaires habituelles. La participation Ă  la recherche pouvant alors ĂȘtre perçue comme obligatoire, l’adolescent risque de ne pas oser refuser la proposition. Ce problĂšme du consentement Ă©clairĂ© ne concerne pas que les enquĂȘtĂ©s mineurs Vassy et Keller, 2008, mais il se pose de maniĂšre spĂ©cifique pour les adolescents pour trois raisons Morrow, 2008. Ils bĂ©nĂ©ficient tout d’abord d’un statut juridique particulier, rendant nĂ©cessaire au niveau lĂ©gal l’obtention d’une signature de leurs tuteurs adultes. Le simple accord des enquĂȘtĂ©s mineurs n’est ainsi pas nĂ©cessairement suffisant pour couvrir le chercheur au niveau lĂ©gal. D’autre part, les adolescents forment un groupe social plus vulnĂ©rable que les adultes. Au niveau individuel, ils peuvent se voir imposĂ©s lors de leurs interactions avec le chercheur les schĂ©mas d’interprĂ©tation de celui-ci, par manque d’habitude de ces situations. Au niveau collectif, ils ne possĂšdent pas de reprĂ©sentants dans la communautĂ© adulte leur permettant de discuter les rĂ©sultats tirĂ©s Ă  leur Ă©gard ou de s’assurer que leur parole n’a pas Ă©tĂ© travestie ou retranscrite partiellement. Enfin, le consentement des adolescents Ă  participer Ă  la recherche peut ĂȘtre influencĂ© par diffĂ©rents biais, comme par exemple la confusion Ă©voquĂ©e prĂ©cĂ©demment entre activitĂ©s obligatoires et activitĂ©s de recherche lorsque celle-ci a lieu dans un cadre institutionnel. La vulnĂ©rabilitĂ© potentielle des adolescents nĂ©cessite donc des prĂ©cautions dĂ©ontologiques, afin de s’assurer que les enquĂȘtĂ©s comprennent les implications de leur participation Ă  une recherche sociologique. Elle ne doit cependant pas conduire Ă  ne pas investiguer cette population. Les considĂ©rations exposĂ©es prĂ©cĂ©demment sont ainsi assez analogues aux rĂ©flexions qui ont pu ĂȘtre menĂ©es dans le cadre d’enquĂȘtes avec des groupes sociaux adultes vulnĂ©rables, comme les sans-domicile Firdion et al, 1995. Les trois grandes justifications avancĂ©es lors de la mise en place du programme de recherche de l’INED sur cette population peuvent ainsi ĂȘtre transposĂ©es au cas des adolescents. Au niveau scientifique, ne pas mener d’enquĂȘte auprĂšs d’adolescents reviendrait Ă  se contenter du regard portĂ© par les adultes sur leurs pratiques. Le chercheur n’accĂ©derait pas Ă  leur point de vue, mais Ă  celui des institutions qui en sont en charge. Au niveau dĂ©mocratique, ne pas enquĂȘter sur les adolescents reviendrait Ă  ne pas leur donner de statut de personne, Ă  supposer une discontinuitĂ© entre leur monde et celui des adultes et donc Ă  les exclure symboliquement de la sociĂ©tĂ©. Enfin, au niveau humain, les adolescents ne doivent pas ĂȘtre considĂ©rĂ©s uniquement sous l’angle de leur vulnĂ©rabilitĂ©. Ils peuvent ainsi avoir conscience de la forme de don/contre don impliquĂ© par une situation d’enquĂȘte Skelton, 2008. De mĂȘme, ils peuvent avoir du plaisir Ă  livrer leur point de vue Ă  un adulte et Ă  rĂ©flĂ©chir sur leurs pratiques. Au final, le positionnement Ă©thique du chercheur est fortement influencĂ© par le regard gĂ©nĂ©ral qu’il porte sur l’enfance et l’adolescence Morrow, ibid. Si l’adolescent est considĂ©rĂ© uniquement sous l’angle de sa vulnĂ©rabilitĂ©, il n’est pas perçu comme compĂ©tent pour dĂ©terminer l’influence, positive ou nĂ©gative, qu’aura pour lui la participation Ă  une recherche. Au niveau dĂ©ontologique, l’important pour le chercheur est alors d’obtenir une autorisation d’enquĂȘter de la part des parents ou des institutions en charge de ces adolescents. D’autres chercheurs postulent au contraire que les mineurs possĂšdent les compĂ©tences pour comprendre les tenants et aboutissants d’une recherche et peuvent donc accepter ou refuser d’eux-mĂȘmes leur participation Masson, 2004 ; Skelton, ibid. Si le chercheur doit s’assurer au maximum qu’ils comprennent les consĂ©quences de cette participation Ă  court, moyen et long terme, le consentement des adolescents prime sur celui de leurs parents ou des institutions qui en ont la charge. Le chercheur ne peut donc se contenter de l’autorisation Ă©crite des parents ou des personnels institutionnels. Au contraire, il doit faire primer le droit des enfants Ă  s’exprimer plutĂŽt que sa propre protection juridique vis-Ă -vis d’autres adultes. Par exemple, lorsque les adolescents sont en mesure de comprendre l’impact de l’enquĂȘte sur leur vie, il est parfois plus Ă©thique d’agir en fonction du souhait de l’adolescent de donner son point de vue plutĂŽt que de solliciter l’accord de parents qui pourraient s’y opposer Where the child consents to participate the parent’s consent is not required 
 where children can understand enough to distinguish research from other interventions and to understand the impact on them on participating, it may be more ethical to act on their consent than to require the fully informed consent of a parent. Such an approach gives children the maximum opportunity to have their views and experiences recorded and avoid the risk of exclusion of children whose parents would not respond to a request or would wish to control whom their child speaks to » Masson, ibid. Cette position est en adĂ©quation avec la Convention de 1989 de l’Organisation des Nations Unies sur les droits de l’enfant, dont les articles 12 et 13 mettent en avant non seulement le droit de regard des enfants sur ce qui les concerne, mais Ă©galement celui d’exprimer leur point de vue s’ils le dĂ©sirent Bell, 2008. Cette position commence peu Ă  peu Ă  se diffuser dans le champ des Ă©tudes françaises Danic et al, 2006. Elle est beaucoup plus rĂ©pandue parmi les recherches anglo-saxonnes sur les pratiques sociales des adolescents, notamment celles qui sont publiĂ©es dans la revue Children’s Geography et/ou celles qui s’inspirent de la Participatory Action Research » Hart, 1992. Dans cette mĂ©thode participative, les enquĂȘtĂ©s participent activement au processus de recherche, ils identifient avec le chercheur les problĂšmes de leur communautĂ©, ils choisissent les outils permettant de mieux comprendre ces problĂšmes et ils trouvent ensemble des solutions pour changer leur situation. Nous avons donc vu que prendre les adolescents comme objet de recherche posait un certain nombre de problĂšmes mĂ©thodologiques comment accĂ©der aux pratiques qui se dĂ©roulent en dehors des cadres institutionnels et dĂ©ontologiques comment faire comprendre aux adolescents ce que signifie de participer Ă  une recherche, afin qu’ils puissent consentir, ou non, Ă  y participer. Nous allons maintenant voir que la participation active des adolescents Ă  la recherche permet de rĂ©soudre en partie ces diffĂ©rents problĂšmes. Quels sont les intĂ©rĂȘts d’une participation active des adolescents Ă  la recherche ? Les ouvrages ou revues de langue anglaise citĂ©s prĂ©cĂ©demment contiennent de nombreuses pistes permettant de favoriser le consentement Ă©clairĂ© des adolescents. La principale innovation mĂ©thodologique proposĂ©e est alors d’encourager la participation active des adolescents enquĂȘtĂ©s dans la recherche. Cette participation est plus ou moins importante selon les recherches Hart, ibid. Dans sa forme la plus simple, elle passe par exemple par la prise de photographies, la rĂ©alisation de cartes mentales ou la rĂ©daction de textes par les enquĂȘtĂ©s. La participation est plus importante lorsqu’un chercheur dĂ©finit un thĂšme gĂ©nĂ©ral de recherche avant de commencer son enquĂȘte, mais qu’il implique ensuite les adolescents dans la construction des questions de recherche Fine et al, 2003, qu’ils les laissent juges du choix de la mĂ©thode la plus adĂ©quate Ă  l’expression de leur point de vue Skelton, ibid ou qu’il les forme au recueil de donnĂ©es auprĂšs d’autres jeunes Alderson, 1995. Plus largement, des adolescents peuvent Ă©galement participer Ă  la dĂ©finition des objectifs de la recherche en cours et faire partie de son comitĂ© de pilotage Hart, ibid alors que certains chercheurs dĂ©fendent mĂȘme l’idĂ©e d’une participation d’adolescents aux comitĂ©s d’éthique des universitĂ©s Ă  chaque Ă©valuation de projet incluant des enquĂȘtĂ©s mineurs Sime, ibid. Cette participation active des adolescents comporte de nombreux avantages Ă©thiques et scientifiques. La prise de photographies permet ainsi par exemple tout d’abord d’obtenir des informations sur des pratiques et des lieux non accessibles Ă  un enquĂȘteur adulte. Elle offre Ă©galement l’avantage d’intĂ©grer Ă  la recherche des adolescents Ă©prouvant des difficultĂ©s de verbalisation. Cette participation comporte aussi un aspect ludique, permettant d’entraĂźner l’adhĂ©sion d’adolescents ne souhaitant initialement pas se prĂȘter au jeu de l’entretien ou de l’observation. Mais elle offre Ă©galement d’autres avantages, notamment celui d’inflĂ©chir les problĂ©matiques de recherche du sociologue tout au long de l’enquĂȘte en y intĂ©grant les capacitĂ©s rĂ©flexives des adolescents Sime, ibid. Les adolescents ne sont en effet pas des idiots culturels », sans aucun regard rĂ©flexif sur leurs pratiques Garfinkel, 1967. Cette participation active favorise Ă©galement la comprĂ©hension des adolescents sur les enjeux Ă©thiques d’une enquĂȘte sociologique, et Ă©claire en consĂ©quence leur consentement Ă  participer Ă  la recherche. Dans le champ français, ces mĂ©thodes de participation active des adolescents Ă  la recherche ont Ă©tĂ©, Ă  ma connaissance, mises en Ɠuvre dans peu de travaux Dubet et Martucelli, 1996 ; Lepoutre, 2005. Ces travaux mettent en Ă©vidence d’autres avantages de cette participation que ceux Ă©noncĂ©s prĂ©cĂ©demment. Ils montrent tout d’abord comment il est possible d’articuler objectifs pĂ©dagogiques et production de connaissances scientifiques dans le cadre de projets menĂ©s dans des Ă©tablissements scolaires Lepoutre, ibid. La recherche ne conduit alors pas seulement Ă  la reconnaissance du travail du chercheur par ses pairs, mais donne Ă©galement naissance Ă  un objet tangible un livre, une exposition
 auquel les adolescents sont fiers d’avoir collaborĂ©. Cela libĂšre quelque part le chercheur de l’examen de conscience sur l’utilitĂ© de sa recherche pour les adolescents ayant acceptĂ© d’y participer. Ces travaux montrent Ă©galement qu’il est nĂ©cessaire de laisser une place dans la recherche Ă  la rĂ©flexivitĂ© des adolescents sur leurs pratiques. Le chercheur peut ainsi leur soumettre les interprĂ©tations qu’il a tirĂ©es Ă  leur Ă©gard, afin d’en amĂ©liorer la pertinence Dubet et Martucelli, ibid. La participation des adolescents Ă  la recherche favorise ainsi, entre autres, leur consentement Ă©clairĂ©, elle permet l’accĂšs Ă  des pratiques peu accessibles Ă  un enquĂȘteur adulte, elle peut entraĂźner l’adhĂ©sion de jeunes ne souhaitant pas initialement rĂ©pondre Ă  des questions, elle Ă©vite de recueillir des discours trop formatĂ©s par les propos que les adolescents ont l’habitude de tenir aux adultes
 Une derniĂšre considĂ©ration gĂ©nĂ©rale explique l’intĂ©rĂȘt que j’ai portĂ© Ă  ces mĂ©thodes. Elles sont en adĂ©quation avec ma perspective thĂ©orique sur la mobilitĂ© des adolescents de ZUS. Dans leurs dĂ©placements, ces adolescents sont confrontĂ©s Ă  des situations problĂ©matiques, notamment dans leurs interactions avec des citadins dont ils ne sont pas familiers. Ces Ă©preuves, mĂȘme les plus minimes, peuvent alors conduire Ă  un retour rĂ©flexif de l’adolescent sur ses habitudes d’action et Ă  leur modification. Le retour des adolescents durant des entretiens sur les Ă©preuves qu’ils ont rencontrĂ©es dans leur mobilitĂ© n’est alors possible que s’ils adoptent sur leurs pratiques un regard rĂ©flexif, ce qui est un des intĂ©rĂȘts de leur implication active dans la recherche. Pour conclure cette partie, soulignons que l’ensemble des considĂ©rations dĂ©ontologiques soulevĂ©es jusqu’à prĂ©sent ne sont pas totalement spĂ©cifiques aux adolescents. Tout chercheur qui Ă©tudie dans la durĂ©e un monde social est confrontĂ© Ă  un moment ou un autre Ă  ces considĂ©rations, notamment lorsqu’il travaille sur un monde social dominĂ© Lepoutre, ibid. N’est-il pas en train de trahir la confiance des enquĂȘtĂ©s ? Ne profite-il pas de leur confiance Ă  des seuls fins de promotion acadĂ©mique, alors que le sort des enquĂȘtĂ©s ne sera pas modifiĂ© par cette recherche ? Les enquĂȘtĂ©s ont-ils conscience qu’une partie de leurs pratiques, mĂȘme anonymisĂ©es, risquent d’ĂȘtre portĂ©es sur la place publique ? Comment dĂ©terminer les pratiques qu’il convient de rĂ©vĂ©ler ou au contraire de laisser dans l’ombre pour ne pas nuire aux enquĂȘtĂ©s ? LĂ  aussi, la comprĂ©hension par les enquĂȘtĂ©s de l’implication de leur participation Ă  la recherche est essentielle et elle ne peut pas se limiter Ă  la signature d’un formulaire de consentement Ă  participer. Les mĂ©thodes visant Ă  favoriser la participation active des enquĂȘtĂ©s afin de rĂ©soudre, en partie, ces problĂšmes dĂ©ontologiques n’ont d’ailleurs pas seulement Ă©tĂ© mises en Ɠuvre avec des mineurs. Citons par exemple, dans une perspective thĂ©orique proche de la mienne sur la mobilitĂ©, le projet qu’I. Joseph menait sur la ligne de mĂ©tro 2 Ă  Paris. Celui-ci souhaitait substituer Ă  l’observation participante traditionnelle une ethnographie participative » avec des itinĂ©raires commentĂ©s d’usagers du mĂ©tro, des auto-confrontations entre citadins ayant des conflits d’usage ainsi que des forums hybrides composĂ©s de gestionnaires et d’usagers Tonnelat, JolĂ© et Kornblum, 2007. Des projets autour de la mobilitĂ© menĂ©s dans huit Ă©tablissements scolaires Avant de prĂ©senter plus en dĂ©tail les projets que j’ai menĂ©s dans des Ă©tablissements scolaires, il convient de rappeler qu’ils ont suivi chronologiquement une ethnographie d’un an avec de jeunes garçons 13-18 ans frĂ©quentant la maison de quartier d’une ZUS de grande couronne. J’y ai Ă©tĂ© confrontĂ© aux difficultĂ©s habituelles rencontrĂ©es par un ethnographe dans son travail de terrain avec des populations dĂ©favorisĂ©es. Il m’a fallu ainsi, classiquement, faire avec la distance sociale qui me sĂ©parait des jeunes afin d’acquĂ©rir un savoir ĂȘtre avec » les adolescents. Cette distance sociale Ă©tait Ă©galement redoublĂ©e par une distance gĂ©nĂ©rationnelle avec les adolescents, qui ne me percevaient ni comme un animateur, ni comme un chercheur, mais me situaient quelque part entre ces deux professions. La prĂ©sence quotidienne parmi ces jeunes, dans le quartier et dans les trains, l’accompagnement de sorties, la rĂ©alisation de vingt entretiens ethnographiques m’ont alors permis de recueillir un riche matĂ©riau d’information sur les pratiques de mobilitĂ© des adolescents du quartier. Elle m’a aidĂ© d’une part Ă  mieux comprendre les interdĂ©pendances entre ancrage rĂ©sidentiel et pratiques de mobilitĂ© des adolescents, mais Ă©galement qu’une des principales Ă©preuves que ces derniers affrontaient dans leurs mobilitĂ©s Ă©tait la confrontation aux autres citadins en raison du triple stigmate sociale, ethnique et gĂ©nĂ©rationnelle dont ils se sentent porteurs Oppenchaim, 2011. Je ressentais cependant une insatisfaction Ă©thique durant cette ethnographie. En effet, si la plupart des jeunes acceptaient de me faire partager en partie leur quotidien et de rĂ©pondre Ă  mes questions, cela Ă©tait le plus souvent beaucoup plus dĂ» Ă  une sympathie Ă  mon Ă©gard qu’à une rĂ©elle comprĂ©hension des enjeux et intĂ©rĂȘt de mon travail de recherche. TrĂšs peu d’adolescents comprenaient l’intĂ©rĂȘt de se pencher sur leurs pratiques de mobilitĂ©, la plupart y voyant malgrĂ© leur sympathie une maniĂšre dĂ©tournĂ©e des institutions de contrĂŽler leurs moments de libertĂ© hors du cadre des diffĂ©rentes institutions dans lesquelles ils sont insĂ©rĂ©s Ă©cole, travail social, police
.. Cette absence de comprĂ©hension me questionnait alors sur le sens de la dĂ©marche sociologique, notamment savoir pour qui on Ă©crit et dans quel but ? » Lepoutre, ibid. Cette question se pose gĂ©nĂ©ralement au moment de la restitution de la recherche et du recueil de gains symboliques de la part de l’enquĂȘteur. Elle ne cessait cependant de me tarauder au moment de l’enquĂȘte, ayant l’impression de recevoir des histoires de vie singuliĂšre de la part de ces jeunes, sans rien leur apporter en retour. C’est alors cette insatisfaction qui a nourri mon intĂ©rĂȘt pour les mĂ©thodes favorisant l’implication active des adolescents dans la recherche. Ces mĂ©thodes me semblaient d’autant plus intĂ©ressantes que certains adolescents de la maison de quartier dĂ©veloppaient une vraie rĂ©flexion sur leurs pratiques de mobilitĂ©. Un d’entre eux m’expliqua ainsi un jour qu’il avait plus tendance Ă  frĂ©quenter ChĂątelet que les Champs ElysĂ©es, car malgrĂ© la prĂ©sence massive de policiers il y Ă©tait beaucoup moins contrĂŽlĂ©. InterrogĂ© sur les raisons de ces contrĂŽles plus nombreux aux Champs-ElysĂ©es, il les expliqua par la prĂ©sence plus importante de touristes, dĂ©finissant au contraire ChĂątelet comme un lieu de passage oĂč la prĂ©sence des jeunes Ă©tait plus tolĂ©rĂ©e. Or malgrĂ© tous mes efforts, il m’a Ă©tĂ© impossible dans le cadre de mon ethnographie de mettre en Ɠuvre ces mĂ©thodes. Cela Ă©tait sans doute dĂ» Ă  la spĂ©cificitĂ© de mon terrain d’étude, une maison de quartier considĂ©rĂ©e par les jeunes essentiellement comme un lieu de loisirs et de retrouvailles Ă  l’écart des regards des personnes plus ĂągĂ©s du quartier. J’ai ainsi proposĂ© Ă  certains jeunes avec lesquels j’avais dĂ©jĂ  rĂ©alisĂ© un entretien classique de prendre des photographies durant leurs dĂ©placements puis de les commenter. La plupart me dĂ©claraient cependant avoir la flemme » et que cela leur rappelait trop le cadre scolaire. Cette difficultĂ© Ă  mettre en Ɠuvre ces mĂ©thodes Ă©tait Ă©galement renforcĂ©e par le turn-over des jeunes frĂ©quentant la maison de quartier, qui pour certains ne venaient que pour une heure ou de maniĂšre espacĂ©e dans le temps. J’ai alors complĂ©tĂ© cette ethnographie par des projets menĂ©s dans huit Ă©tablissements scolaires quatre classes de troisiĂšme, deux secondes professionnelles BEP vente et deux secondes gĂ©nĂ©rales. Ces projets articulaient trois dimensions d’une part, une initiation des Ă©lĂšves Ă  la sociologie, sous la forme de la rĂ©alisation et de la passation d’un questionnaire Ă  d’autres adolescents ; d’autre part la rĂ©alisation de textes et de photographies autour de leur mobilitĂ© ; enfin quatre-vingt quinze entretiens semi-directifs d’une heure, rĂ©alisĂ©s aprĂšs l’initiation Ă  la sociologie et donnant lieu dans la majoritĂ© des cas Ă  une restitution collective de mon enquĂȘte devant l’ensemble des Ă©lĂšves. Mener une recherche dans des Ă©tablissements scolaires suppose tout d’abord de nouer une relation de confiance Ă  la fois avec les Ă©lĂšves et avec les professeurs. La construction de cette relation dans le cadre scolaire ne va pas de soi, car un nombre important des adolescents de ZUS entretient un rapport conflictuel avec l’institution scolaire. Le principal biais que je devais Ă©viter Ă©tait d’ĂȘtre considĂ©rĂ© par les Ă©lĂšves comme un professeur, ou du moins d’ĂȘtre assimilĂ© Ă  l’institution scolaire. Chaque prise de contact avec les Ă©lĂšves comprenait ainsi une prĂ©sentation de la sociologie et de ma dĂ©marche de recherche, en prĂ©cisant bien que je n’appartenais pas institutionnellement Ă  l’établissement. J’ai alors cherchĂ© Ă  casser le cadre scolaire de diffĂ©rentes maniĂšres en Ă©vacuant l’attente de la note c’était Ă  chaque fois une des premiĂšres questions qui Ă©taient posĂ©es par les Ă©lĂšves ou par la possibilitĂ© de tutoiement et d’appellation par le prĂ©nom de maniĂšre rĂ©ciproque. Le fait d’ĂȘtre un jeune chercheur ne partageant pas totalement les codes vestimentaires et de langage des professeurs a sans doute Ă©galement participĂ© Ă  casser ce cadre scolaire tu n’as pas la voix clean comme un prof » me confia ainsi un jour un jeune lors d’un entretien. La familiarisation antĂ©rieure avec les codes, notamment de langage, des adolescents de ZUS lors de mon ethnographie m’a aussi sans doute aidĂ© Ă  ne pas ĂȘtre perçu comme appartenant Ă  l’institution scolaire. Casser ce cadre scolaire avait pour principal but de renforcer l’idĂ©e d’égalitĂ© dans la construction de la recherche, les Ă©lĂšves m’apportant autant que je pouvais leur apporter, en particulier un projet allant Ă  l’encontre de la routine scolaire. J’étais ainsi sans doute pour les Ă©lĂšves un objet aussi Ă©trange que j’avais pu l’ĂȘtre pour les adolescents de la maison de quartier un intervenant extĂ©rieur qui n’est pas un professeur et n’en partage pas totalement les codes. Je ne dis pas que les Ă©lĂšves ne peuvent se confier aux professeurs, mais ne pas ĂȘtre identifiĂ© Ă  une figure d’autoritĂ© m’a semblĂ© faciliter l’implication des Ă©lĂšves. Il convient nĂ©anmoins de ne pas ĂȘtre naĂŻf comme nous le verrons ultĂ©rieurement, l’implication plus ou moins importante de certains Ă©lĂšves dans le processus de recherche, notamment dans l’élaboration de questionnaires, a pu ĂȘtre motivĂ©e en partie par la pression de leurs professeurs. Cette mise entre parenthĂšses temporaire du cadre scolaire lors de mes interventions Ă©tait tolĂ©rĂ©e par les professeurs d’Histoire-gĂ©ographie, de Français, de Vente ou d’Arts Plastiques qui avaient acceptĂ© de travailler avec moi. Ces derniers devaient combiner les intĂ©rĂȘts de recherche du sociologue, l’adhĂ©sion des Ă©lĂšves, ainsi que leurs propres objectifs pĂ©dagogiques. Il s’agissait gĂ©nĂ©ralement, mĂȘme si cela est difficilement quantifiable, de professeurs dynamiques, atypiques pour certains, mais qui partageaient un bon relationnel avec les Ă©lĂšves. Au final, sans ĂȘtre totalement assimilĂ© par les adolescents Ă  l’institution scolaire, j’ai donc pu bĂ©nĂ©ficier des avantages que peut apporter un cadre scolaire par rapport Ă  celui de la maison de quartier, notamment pouvoir mener des projets dans la durĂ©e en y impliquant activement les adolescents. Rappelons nĂ©anmoins qu’il existe des degrĂ©s dans la participation des adolescents dans la recherche. Celle-ci peut aller de l’information des enquĂȘtĂ©s sur les objectifs et les consĂ©quences de l’enquĂȘte au choix par les adolescents du sujet Ă  investiguer Hart, ibid. Or, les Ă©lĂšves n’ont pas participĂ© directement au choix du thĂšme gĂ©nĂ©ral de ma recherche ou Ă  celui des outils, mĂȘme s’ils disposaient d’une grande marge dans les modalitĂ©s concrĂštes d’utilisation de ces outils thĂšmes Ă  investiguer dans le questionnaire, libertĂ© dans la forme d’écriture des textes, rendu des rĂ©sultats sous la forme d’une exposition ou d’un blog. Sur l’échelle de participation des enfants Ă  la recherche Ă©laborĂ©e par R. Hart 1992 8, je me situe donc au sixiĂšme Ă©chelon sur huit le chercheur dĂ©cide du thĂšme gĂ©nĂ©ral, mais discute avec les enfants des meilleurs moyens de la mener. L’imposition d’un thĂšme gĂ©nĂ©ral et la rĂ©alisation d’entretiens classiques Ă  la fin des projets m’a cependant sans doute permis de ne pas ĂȘtre perçu par certains adolescents comme un simple animateur, ce qui a pu renforcer leur sĂ©rieux et leur implication dans les projets. La premiĂšre dimension de ces projets a Ă©tĂ© la rĂ©alisation de questionnaires par les Ă©lĂšves sur des thĂ©matiques propres Ă  l’adolescence qu’ils avaient auparavant choisies les relations amoureuses et amicales entre adolescents, le rapport des adolescents Ă  leur quartier et Ă  la ville en gĂ©nĂ©ral, les adolescents et l’organisation de leur temps. Les Ă©lĂšves ont ensuite distribuĂ© ces questionnaires Ă  d’autres adolescents avant qu’une restitution des rĂ©sultats ne leur soit faite en classe entiĂšre. Cette initiation Ă  la sociologie a prĂ©sentĂ©e plusieurs avantages. D’une part, elle a permis de faire comprendre aux Ă©lĂšves les enjeux dĂ©ontologiques et scientifiques d’une enquĂȘte. Ces derniers ont ainsi dĂ» expliquer Ă  d’autres adolescents, qu’ils n’avaient parfois jamais vus, que des rĂ©ponses personnelles, par exemple sur leur sexualitĂ©, Ă©taient anonymes et donneraient lieu Ă  une restitution en classe, sans que leur nom soit rĂ©vĂ©lĂ©. Ils ont Ă©galement dĂ» faire comprendre Ă  ces adolescents en quoi leurs rĂ©ponses prĂ©sentaient un intĂ©rĂȘt de recherche. Les Ă©lĂšves ont ainsi pu saisir en pratique ce qu’impliquait de se prĂȘter Ă  une enquĂȘte sociologique. Cette initiation offrait Ă©galement des avantages sur le plan scientifique. Si les thĂšmes des questionnaires Ă©taient divers, ils posaient en filigrane des questions propres Ă  ma recherche, en particulier les disparitĂ©s entre filles et garçons sur les horaires de sortie. La restitution des rĂ©sultats des questionnaires en classe entiĂšre a ainsi donnĂ© lieu Ă  des discussions trĂšs fournies et a obligĂ© les Ă©lĂšves Ă  rĂ©flĂ©chir et Ă  argumenter sur certaines spĂ©cificitĂ©s de leurs pratiques. Elle a Ă©galement permis de libĂ©rer la parole de certains jeunes et de prĂ©parer ainsi les entretiens individuels qui ont suivi. Le cĂŽtĂ© ludique de la rĂ©alisation et de la passation des questionnaires a Ă©galement pu contribuer Ă  crĂ©er une relation de confiance avec les adolescents et Ă  favoriser leur participation ultĂ©rieure Ă  ces entretiens. Enfin, dans certains projets il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© que les Ă©lĂšves ne distribueraient pas seulement le questionnaire aux adolescents de leur quartier mais Ă©galement de maniĂšre collective Ă  la sortie de grands lycĂ©es du centre de Paris. Cela avait pour premier avantage de faire rĂ©flĂ©chir les Ă©lĂšves sur les disparitĂ©s entre adolescents banlieusards et parisiens. Plus largement, cela donnait l’occasion Ă  certains Ă©lĂšves qui ne s’y Ă©taient jamais rendus, de frĂ©quenter les quartiers centraux de Paris. Ils Ă©taient ainsi confrontĂ©s, lors de la distribution en tĂȘte Ă  tĂȘte des questionnaires, Ă  l’altĂ©ritĂ© d’adolescents d’un autre milieu social. Une partie des Ă©lĂšves se rendaient ainsi initialement Ă  contrecƓur Ă  Paris, ayant peur que personne n’accepte de rĂ©pondre Ă  leurs questions. S’ils avaient au dĂ©but faiblement confiance en eux, ils se sont rendus peu Ă  peu compte qu’ils pouvaient rĂ©ussir Ă  obtenir l’attention des adolescents parisiens, le statut d’enquĂȘteur permettant par ailleurs de suspendre le temps d’une interaction le stigmate social dont une partie se sentait porteuse. Lien de cause Ă  effet ou non, ces Ă©lĂšves ont Ă©tĂ© ensuite beaucoup plus nombreux que la moyenne Ă  effectuer leur stage professionnalisant dans Paris intra-muros. Le but premier de la recherche Ă©tait la production de connaissance, et non de faire Ă©voluer, mĂȘme Ă  la marge, les compĂ©tences de mobilitĂ© des Ă©lĂšves. NĂ©anmoins, cette distribution du questionnaire dans Paris, ainsi que l’enthousiasme d’une majoritĂ© des Ă©lĂšves pour les projets, offrait Ă©galement l’avantage d’apaiser mes interrogations sur l’utilitĂ© immĂ©diate de ma recherche. ParallĂšlement ou aprĂšs cette initiation Ă  la sociologie, les Ă©lĂšves menaient Ă©galement des travaux d’écriture et photographique sur le thĂšme de la ville et des mobilitĂ©s. Ces travaux permettaient de prĂ©parer les entretiens ultĂ©rieurs en donnant un cĂŽtĂ© ludique Ă  la recherche, en renforçant ou en crĂ©ant une relation de confiance avec les adolescents et en favorisant le retour rĂ©flexif sur leurs pratiques. Ils donnaient Ă©galement des informations directes sur les pratiques de mobilitĂ© de ces adolescents. La prise de photographies des Ă©lĂšves sur leurs mobilitĂ©s a Ă©tĂ© faite selon deux grandes modalitĂ©s, en raison de diffĂ©rentes contraintes financiĂšres. Lorsque j’ai rĂ©ussi Ă  obtenir des financements, du Conseil DĂ©partemental de Seine Saint Denis ou des classes APAC du rectorat, les Ă©lĂšves Ă©taient accompagnĂ©s par un photographe professionnel durant une aprĂšs-midi. En l’absence de financement, les Ă©lĂšves prenaient eux-mĂȘmes des photographies sur leur quartier ou les lieux frĂ©quentĂ©s durant leur mobilitĂ©, Ă  l’aide d’appareils jetables distribuĂ©s ou le plus souvent avec leur propre appareil ou tĂ©lĂ©phone portable. Ces photographies permettaient d’intĂ©grer de maniĂšre ludique des adolescents pouvant avoir des difficultĂ©s ou une rĂ©ticence initiales Ă  verbaliser leurs pratiques. La prĂ©sence du photographe professionnel prĂ©sentait l’avantage supplĂ©mentaire de permettre une initiation Ă  la photographie, ainsi qu’une familiarisation Ă  certains lieux qu’ils ne connaissaient pas, les dĂ©placements se faisant le plus souvent par groupe de trois. Au niveau scientifique, ces dĂ©placements ont permis un retour rĂ©flexif des jeunes sur les lieux qu’ils frĂ©quentent, ces derniers explicitant durant le trajet pourquoi ils choisissaient ce lieu, ce qu’il leur Ă©voquait, pourquoi ils insistaient sur tel aspect dans leur prise de vue, etc. Ils me permettaient Ă©galement de renforcer la relation de confiance avec les jeunes et de pouvoir ensuite faire un retour approfondi sur les lieux photographiĂ©s durant l’entretien individuel. Figure 1 Photographie et texte d’un Ă©lĂšve de troisiĂšme gĂ©nĂ©rale avril 2009 Ces prises de photographies ont Ă©tĂ© complĂ©tĂ©es par un travail d’écriture des Ă©lĂšves, soit directement Ă  partir des clichĂ©s, soit en s’appuyant sur des descriptions urbaines d’écrivains. Je craignais que cette dimension du projet soit perçue comme trop scolaire, mais elle a recueilli l’adhĂ©sion de la majoritĂ©. Cela s’explique sans doute par la libertĂ© de forme dont ils disposaient pour dĂ©crire leur quartier et leur rapport Ă  la ville Ă©criture de slams, de poĂšmes, description neutre du quartier de rĂ©sidence ou des lieux frĂ©quentĂ©s en s’inspirant des Ɠuvres de Georges PĂ©rec dans EspĂšces d’espaces. J’ai choisi, en commun avec les professeurs de Français, ce livre comme support d’aide aux Ă©lĂšves pour dĂ©crire leur quartier, car il contient de nombreux passages qui fournissent un mode d’emploi des descriptions sociologiques sur la ville Becker, 2010. Figure 2 Texte d’un Ă©lĂšve de seconde gĂ©nĂ©rale mars 2009 Ma rue,
, je dois parler de ma rue
 trĂšs bien. Comment ? Le plus platement possible, d’accord, j’me lance. Tout d’abord je n’ai pas vraiment de rue. C’est plutĂŽt un grand bĂątiment donnant sur un parking. Sur ce parking de 34 places, une quarantaine de voitures sont stationnĂ©es. Il est 19 heures, tout est normal comme d’habitude. Du haut de mes 15 Ă©tages je peux apercevoir une grosse flaque d’huile se dĂ©versant d’une voiture sans roue, les restes d’une voiture brĂ»lĂ©e volontairement d’un acte criminel. De chez moi, je peux voir pratiquement tout le Bois Saint Denis, l’aĂ©roport Charles de Gaulle et ses trois terminaux ses trois tours de contrĂŽle et ses quelques 500 vols par jour, une bonne partie du centre-ville et son brouhaha, l’enseigne de Leroy Merlin » de Livry Gargan clignotant toutes les trois secondes et demie, et le phare de Paris, l’Ɠil de Paris brillant de mille feux Ă  la tombĂ©e de la nuit, tournoyant et m’éblouissant Ă  vingt quatre secondes d’intervalle. En bas, devant mon hall, on peut entendre un jeune murmurer Ă  un vieillard J’te donne une dix ». Le vieux rĂ©pondit Non, je, je
je veux une trente ! ». Ah nan ici, c’est moi qui choisis, j’te passe une dix ! Un point c’est tout ! ». TrĂšs bien tu as gagnĂ©, donne moi une ». Ou bien un autre, encore plus jeune, essayant de suivre les paroles, incomprĂ©hensibles pour lui, d’un rappeur amĂ©ricain qu’il a soigneusement tĂ©lĂ©chargĂ©es illĂ©galement et mis sur son I-Pod vidĂ©o troisiĂšme gĂ©nĂ©ration huit gigas, qu’il a volĂ© Ă  un pauvre homme dans le RER il s’en vante tous les jours. Sur le mur qui fait face au parking, on remarque que le numĂ©ro de mon immeuble est le quatre-vingt treize ou plutĂŽt le trois avec, peint Ă  la peinture blanche, un neuf devant, pour rendre le bĂątiment plus beau. C’est bien, c’est crĂ©atif, comme quoi avec peu on peut faire beaucoup. Sur le mur de la gauche, un petit dĂ©gradĂ© de couleurs qui devient de plus en plus foncĂ©. C’est le jeune qui Ă©coutait du rap US » qui vient d’arriver ici. Il n’habite pas dans ce bĂątiment, mais il y reste jour et nuit et il n’a aucune honte ou pudeur. Ah ! Je viens de voir un petit garçon seul qui a failli se faire renverser par une Renault 25 qui voulait se garer. Le petit courait derriĂšre son ballon NĂ©mo en pleurant car il avait Ă©tĂ© percĂ© par le chien d’un jeune qui, faisant des tractions Ă  l’arrĂȘt de bus frime avec ses muscles et ses deux bĂ©bĂ©s Rottweiler. Les deux Rottweilers ont les oreilles et la queue coupĂ©es aux ciseaux par leur maĂźtre, car comme ces chiens font des combats, il vaut mieux qu’elles soient coupĂ©es, car si, lors d’un combat, l’un d’eux perd une oreille, ce pourrait ĂȘtre trĂšs embĂȘtant et humiliant pour le maĂźtre. Une bande d’adolescents, sĂ»rement collĂ©giens, avec leurs cartables imbibĂ©s de Tipex, viennent de passer dire bonjour aux jeunes postĂ©s devant mon bĂątiment, ils prennent sur eux alors qu’il ne le faut pas ! AprĂšs les avoir saluĂ©s, ils reprennent leur balade avec ce qu’ils appellent une dĂ©gaine. J’appelle ça boiter mais c’est leur choix. Ils rencontrent deux jeunes demoiselles fashion », les adolescents se ruent sur elles comme s’ils avaient aperçus leur idole. Certains leur font la bise et d’autres leur serrent la main pour montrer leur indiffĂ©rence. Ils partent ensemble sur le cĂŽtĂ© du bĂątiment que je ne peux pas observer. Je ferme la fenĂȘtre de ma cuisine d’oĂč je vous dĂ©cris mon environnement quotidien, grĂące Ă  des jumelles que j’ai utilisĂ©es pour plus de prĂ©cision. La fermeture de cette fenĂȘtre permet une coupure entre le bruit assourdissant des klaxons du 619 et le calme rĂ©gnant dans ma maison. J’espĂšre que cette description vous a permis de plonger au cƓur de ma rue. Comme pour les photographies, ces textes me servaient de support aux entretiens ultĂ©rieurs, avec lesquels ils entraient bien souvent en cohĂ©rence. Ils tĂ©moignaient ainsi avec finesse de diffĂ©rents rapports entretenus au quartier de rĂ©sidence, parfois mieux dĂ©crits dans les rĂ©cits des jeunes que dans leurs propos. L’ensemble des textes et photographies rĂ©alisĂ©s, couplĂ© aux rĂ©sultats des questionnaires, ont ensuite donnĂ© lieu Ă  des opĂ©rations de valorisation, afin que les Ă©lĂšves puissent voir le rĂ©sultat de leur travail. Il leur Ă©tait ainsi demandĂ©, le plus souvent au dĂ©but des projets, le mode de restitution de leur travail ayant leur prĂ©fĂ©rence. Cette restitution a alors prise diffĂ©rentes formes mise en place d’un blog, expositions dans les halls des Ă©tablissements, au centre de documentation ou lors de journĂ©es portes ouvertes, rĂ©alisation d’un petit livret financĂ© par le Conseil gĂ©nĂ©ral de Seine Saint Denis
 A la suite de la rĂ©alisation des questionnaires, textes et photographies, des entretiens individuels d’une heure Ă©taient proposĂ©s. Il avait Ă©tĂ© bien expliquĂ© que ces entretiens n’étaient pas obligatoires, bien qu’ils aient lieu le plus souvent durant les heures de cours et dans l’enceinte des Ă©tablissements. La quasi-totalitĂ© des Ă©lĂšves ont acceptĂ© de se prĂȘter au jeu, en raison sans doute de la bonne rĂ©ception du projet dans son ensemble la majoritĂ© des Ă©lĂšves se montra ainsi enthousiaste Ă  l’égard d’activitĂ©s qui sortaient du cadre scolaire habituel, y compris les Ă©lĂšves en difficultĂ© et ayant un rapport compliquĂ© Ă  l’institution scolaire. Cela s’explique sans doute en partie par le fait que les mobilitĂ©s ne soient pas un sujet trop intime, les Ă©lĂšves pouvant parler de ce thĂšme entre eux. Il n’est ainsi pas certain que de tels projets aient pu ĂȘtre menĂ©s sur le thĂšme de la sexualitĂ©. NĂ©anmoins, une minoritĂ© d’élĂšves sont restĂ©s en retrait, ne manifestant au contraire de leurs camarades aucun enthousiasme. Il s’agissait principalement d’élĂšves introvertis ou avec une frĂ©quentation trĂšs Ă©pisodique des Ă©tablissements scolaires. Ces derniers ont certes acceptĂ© ensuite le principe d’un entretien, mais ils me confiĂšrent ensuite que leur motivation principale Ă©tait de manquer des heures de cours. Je n’ai pas sollicitĂ© une autorisation des parents pour la rĂ©alisation de ces entretiens, pour les raisons exposĂ©es au dĂ©but de cet article. L’absence d’autorisation me semblait d’autant moins problĂ©matique au niveau dĂ©ontologique, que les entretiens Ă©taient rĂ©alisĂ©s aprĂšs que la rĂ©alisation et passation des questionnaires aient fait comprendre aux Ă©lĂšves ce que signifiait de participer Ă  une enquĂȘte de sociologie. Le principe de l’enregistrement ayant Ă©tĂ© toujours acceptĂ© Ă  trois exceptions prĂšs, une version sur CD Ă©tait remise au jeune quelques jours aprĂšs la rĂ©alisation de l’entretien, Ă  la demande initiale d’une grande partie des Ă©lĂšves. J’ai Ă©galement interrogĂ© systĂ©matiquement les adolescents Ă  la fin de l’entretien sur leur ressenti, la plupart me confiant Ă  cette occasion leur satisfaction. Plusieurs d’entre eux me dĂ©clarĂšrent que cet entretien leur avait permis de mieux comprendre que la mobilitĂ© n’était pas innĂ©e et qu’ils avaient dĂ» apprendre Ă  se confronter Ă  l’altĂ©ritĂ©. Il s’agissait nĂ©anmoins essentiellement d’adolescents ayant des pratiques de mobilitĂ© spĂ©cifiques, trĂšs fortement tournĂ©es vers la flĂąnerie urbaine. D’autres, plus rares, me confiĂšrent leur impression d’avoir expĂ©rimentĂ© une sĂ©ance de psy » leur ayant permis de mieux se connaĂźtre, confirmant ainsi que l’entretien avait permis un retour rĂ©flexif sur les pratiques. Enfin, une partie des Ă©lĂšves ayant peu l’occasion de se dĂ©placer en dehors de leur quartier souligna que cela leur avait fait du bien de parler des problĂšmes de leur vie quotidienne Ă  un intervenant extĂ©rieur. Ce questionnement immĂ©diat sur leur ressenti n’était pas la seule occasion d’échange avec les Ă©lĂšves sur les entretiens. En effet, une fois les entretiens rĂ©alisĂ©s avec l’ensemble des volontaires, une sĂ©ance de restitution Ă©tait organisĂ©e en classe entiĂšre, suivie d’un dĂ©bat sur les principaux rĂ©sultats obtenus. Cette restitution Ă©tait guidĂ©e Ă  l’origine par des considĂ©rations dĂ©ontologiques. Elle eut nĂ©anmoins des rĂ©percussions importantes au niveau des rĂ©sultats scientifiques de ma recherche, en particulier sur la typologie des jeunes que j’avais effectuĂ©e en fonction de leurs pratiques de mobilitĂ©. Des jeunes, issus de diffĂ©rents Ă©tablissements scolaires, sont venus ainsi me confier Ă  la fin de la restitution qu’ils comprenaient ma typologie mais qu’ils se reconnaissaient en partie dans deux catĂ©gories. Ces remarques m’incitĂšrent Ă  porter une attention plus soutenue aux processus d’apprentissage et de socialisation multiple des adolescents. Elles me permirent ainsi de complexifier mon approche initiale trop statique et rigoriste de la typologie. Conclusion La mĂ©thode que je viens d’exposer d’une co-construction d’une recherche avec des adolescents possĂšde donc des avantages Ă©thiques et scientifiques. Elle Ă©tait en tout cas adaptĂ©e Ă  mon objet de recherche consistant Ă  mieux comprendre les diffĂ©rentes Ă©preuves auxquelles sont confrontĂ©s les adolescents de ZUS durant leurs mobilitĂ©s. Elle ne prend sens qu’en complĂ©mentaritĂ© avec les autres matĂ©riaux ethnographiques et statistiques recueillis. Ces diffĂ©rentes mĂ©thodes s’éclairent mutuellement et soulĂšvent chacune des difficultĂ©s Ă©thiques et scientifiques propres. J’ai cependant tirĂ© deux enseignements majeurs de cette mĂ©thode relativement originale consistant Ă  faire des adolescents des partenaires de recherche et non un simple objet d’étude. D’une part, les dimensions Ă©thiques et scientifiques d’une recherche sur les adolescents ne sont guĂšre dissociables, la mĂ©thode de collecte de donnĂ©es influant fortement sur le matĂ©riau recueilli. D’autre part, les adolescents sont sans nul doute compĂ©tents pour interprĂ©ter ce que la sociologie dit Ă  leur propos. Ils ne sont ainsi pas les simples rĂ©ceptacles d’une socialisation familiale ou dans l’apprentissage de normes comme on les prĂ©sente souvent, mais Ă©galement des acteurs capables et souvent dĂ©sireux d’avoir un regard rĂ©flexif sur leurs pratiques. 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Cependantnous pouvons l'utiliser dans le cadre d'une activité commune et conviviale, dans ce cas nous demandons aux personnes concernées si nous pouvons utiliser le
En principe, enseigner, dans le secondaire, signifie aimer sa discipline et les adolescents en gĂ©nĂ©ral. Mais d’aucuns estiment qu’on ne peut ĂȘtre un bon prof si on n’aime pas, aussi, ses Ă©lĂšves. L’ouvrage de Mael Virat, Quand les profs aiment les Ă©lĂšves » avril 2019, Odile Jacob fait figure de pavĂ© dans la mare. Aimer les Ă©lĂšves ? Et pourquoi pas les border le soir aussi ? Le verbe aimer » n’a pas bonne presse dans les Ă©tablissements secondaires. On lui prĂ©fĂšre le substantif bienveillance ». Non seulement parce que la polysĂ©mie peut s’avĂ©rer tendancieuse aimer Ă©voque spontanĂ©ment la relation amoureuse, mais aussi parce que depuis longtemps la relation affective entre adultes et mineurs est circonscrite au cercle familial. De plus, avec la montĂ©e des incivilitĂ©s et violences dans les collĂšges et lycĂ©es, les profs sont peu enclins Ă  verser dans l’affectif. Aimer les Ă©lĂšves leur permet de progresser de 10 % environ Pourtant, le chercheur Mael Virat assure qu’aimer les Ă©lĂšves peut permettre Ă  ces derniers de progresser de maniĂšre significative, Ă  hauteur de 10 % environ. En s’appuyant sur diverses Ă©tudes amĂ©ricaines pour la plupart, il Ă©tablit un lien certain entre implication affective du professeur et motivation des Ă©lĂšves. Ceux-ci ne travaillent pas davantage pour faire plaisir au prof, mais s’intĂ©ressent plus Ă  sa matiĂšre, explique l’auteur. Il nomme amour compassionnel » cet investissement affectif envers les apprenants. L’amour compassionnel est une relation asymĂ©trique de responsabilitĂ© de l’adulte envers l’enfant. Cette responsabilitĂ© implique un intĂ©rĂȘt pour l’enfant et une grande attention. Cela coĂ»te de l’énergie et fait que l’enseignant est personnellement affectĂ© Ă©motionnellement par la rĂ©ussite ou l’échec de l’élĂšve. Mais il sait qu’il n’a pas Ă  attendre grand chose en une relation qui n’a pas besoin de limites car par dĂ©finition elle est attentive Ă  l’autonomie de l’élĂšve. C’es le contraire du copinage, de l’intrusion ou de la relation amoureuse. La question c’est comment exprimer cet engagement affectif. ça n’implique pas le tutoiement. Mais ça impose un engagement comportemental pour le professeur ».source La relation affective entre enseignants et Ă©lĂšves a longtemps Ă©tĂ© considĂ©rĂ©e comme nĂ©cessaire. ComĂ©nius pĂšre de la pĂ©dagogie moderne, dont le nom a Ă©tĂ© donnĂ© Ă  un programme Ă©ducatif europĂ©en bien connu disait au 17e siĂšcle Qu’on parle pour fĂ©liciter, exhorter, rĂ©primander, il faut s’inspirer du principe suivant celui qui ordonne, enseigne, conseille, rĂ©primande doit montrer clairement qu’il fait cela paternellement. Le but du maĂźtre est d’élever les cƓurs, non d’abaisser la personne. Si cette affection n’est pas sentie par les Ă©lĂšves, ils mĂ©prisent la discipline avec obstination. » Plus tard, ceux qu’on appelle Les pĂ©dagogues du coeur » Pestalozzi , Bosco, Deus Ramos, Neill, etc prĂŽneront Ă©galement cette implication affective. Cependant, cette vision de la pĂ©dagogie n’a pas obtenu le suffrage des autoritĂ©s et, aujourd’hui, il n’est pas rare qu’un inspecteur rĂ©primande un enseignant parce qu’il le trouve trop proche de ses Ă©lĂšves » sans qu’aucun soupçon de relation malsaine soit incriminĂ©. En 2018, une collĂšgue d’espagnol s’est ainsi vu attribuer un rapport d’inspection accablant pour ce seul motif. Cette enseignante ne faisait pourtant rien d’autre qu’encourager chaleureusement tous ses Ă©lĂšves, et montrer un rĂ©el intĂ©rĂȘt pour leurs Ă©tats Ă©motionnels. Ne pas aimer les Ă©lĂšves provoquerait une dissonance cognitive Ă  l’origine de l’épuisement professionnel Pour Mael Virat, docteur en sciences l’éducation sa thĂšse porte prĂ©cisĂ©ment sur ce sujet mais aussi diplĂŽmĂ© en psychologie, il ne fait pas de doute que l’injonction tacite ou explicite de garder une distance affective avec les Ă©lĂšves est Ă  l’origine de nombreux burn out d’enseignants, notamment ceux qui ont choisi ce mĂ©tier dans une perspective humaniste transmettre des valeurs et participer Ă  l’élĂ©vation gĂ©nĂ©rale de l’élĂšve, et non lui transmettre seulement des connaissances disciplinaires. La neutralitĂ© ou distance prĂ©conisĂ©e aux professeurs entre alors en contradiction avec le besoin qui les a orientĂ©s vers l’enseignement, et ils s’épuisent Ă  lutter contre ce besoin. Cependant, aimer les Ă©lĂšves au sens d’amour altruiste ne peut se faire que lorsque les conditions sont rĂ©unies. Des classes trop chargĂ©es, une charge de travail invisible trop importante, des perturbations personnelles, une dĂ©tresse professionnelle, occultent la disponibilitĂ© affective nĂ©cessaire pour s’engager dans une relation d’amour compassionnel ». Le professeur ne dispose pas, dans ce cas, des ressources internes qui lui permettraient de s’intĂ©resser de maniĂšre authentique Ă  l’échec ou la rĂ©ussite de chacun de ses Ă©lĂšves. L’institution a donc un rĂŽle majeur Ă  jouer, puisqu’elle constitue l’instance rĂ©gulatrice qui peut permettre aux enseignants de travailler dans de bonnes conditions. Ne pas confondre amour des Ă©lĂšves et bienveillance Si la bienveillance est au coeur du discours institutionnel, c’est une notion qui ne rejoint pas l’amour prĂŽnĂ© par l’auteur. En effet, la bienveillance est souvent rĂ©duite Ă  une sĂ©rie de ne pas » ne pas noter trop sĂ©vĂšrement, ne pas humilier, ne pas trop sanctionner, ne pas surcharger de travail, ne pas ennuyer, etc. C’est une dĂ©marche de contrĂŽle, qui vise Ă  circonscrire d’éventuelles dĂ©rives autoritaristes. A l’inverse, la dĂ©marche d’amour compassionnel » que dĂ©fend Mael Viat s’inscrit dans une dynamique active » Des marques d’attention souvent non verbales. Les Ă©lĂšves y sont sensibles mĂȘme quand ils n’en sont pas conscients. Le ton pris pour Ă©changer ou rĂ©pondre aux questions de l’élĂšve par exemple. La joie exprimĂ©e pour sa rĂ©ussite. Des attentions en dehors de la classe. Des gestes qui montrent que l’enseignant est affectĂ© par sa relation avec l’élĂšve. Ca peut ĂȘtre de la joie, de l’enthousiasme ou mĂȘme de la colĂšre du moment que ça montre l’implication du professeur dans la relation avec l’élĂšve. Plus globalement, c’est tout ce qui montre que le professeur est investi comme individu, et pas seulement comme professionnel », prĂ©cise l’auteur. Quelques exemples concrets demander Ă  l’élĂšve s’il se sent mieux quand il a Ă©tĂ© absent pour maladie, ou le questionner sur les suites d’une intervention mĂ©dicale, sur sa gestion de la douleur, avec une rĂ©elle empathie ses problĂšmes personnels s’il se confie, et le souhaiter un bon anniversaire quand ça tombe un jour de expliquer les consĂ©quences de ses actes s’il persiste dans une mauvaise voie y compris l’absence de travail.raconter Ă  l’occasion une anecdote personnelle, afin de crĂ©er une proximitĂ© sur son mode de vie afin de dĂ©celer d’éventuelles raisons externes Ă  son manque d’ avec gentillesse une nouvelle coupe de cheveux ou un effort d’élĂ©gance. En somme, toute interaction qui va s’inscrire dans une relation humaine simple plutĂŽt que dans une perspective purement professionnelle va participer de la construction de cet amour compassionnel ». Et cela ne veut pas dire que la relation doit se limiter Ă  cela c’est un plus, pas un substitut. Pour le dire autrement, le prof qui aime ses Ă©lĂšves agit avant tout en tant que prof, mais s’intĂ©resse aussi vraiment Ă  chaque adolescent. Il est capable de voir l’adolescent, la personne humaine, sous l’uniforme de l’élĂšve. Suivez-nous et partagez pour les collĂšgues !
DetrĂšs nombreux exemples de phrases traduites contenant "implique dans une relation" – Dictionnaire anglais-français et moteur de recherche de traductions anglaises. Chez les Anglo-Saxons, pas d’hĂ©sitation, tout le monde se dit “you”. En France, on balance entre le “vous” et le “tu” selon des codes non-dits mais trĂšs prĂ©cis
 A un militant de base qui lui demandait Je peux te tutoyer ? », François Mitterrand aurait rĂ©pondu Si vous voulez ! », raconte la journaliste Claude Aubry dans Dites-moi tu ! Horay, 1999. Aucun risque de subir un tel affront pour un Anglo-Saxon de l’autre cĂŽtĂ© du Channel et Outre-Atlantique, pas d’ambiguĂŻtĂ© ni d’alternative, il n’existe qu’un seul pronom, you ». En Afrique du Nord, en revanche, le tutoiement est de rigueur, le BerbĂšre n’a pas de mot pour dire vous ». Chez nous, oĂč les deux s’utilisent, il s’agit d’apprendre les codes qui les rĂ©gissent, la difficultĂ© Ă©tant que l’essentiel relĂšve de lois non Ă©crites et que l’enjeu est d’importance un tu » inappropriĂ© peut passer pour un manque de respect et installer immĂ©diatement celui qui le profĂšre dans la peau d’un grossier personnage, mal Ă©duquĂ©. En fait, de tu » Ă  vous », c’est tout un univers relationnel qui se dessine de l’égalitĂ© Ă  la domination, de l’intimitĂ© Ă  la trivialitĂ©, de la provocation Ă  la soumission, de la fraternitĂ© Ă  l’exclusion
 Autant de raisons de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant d’ĂȘtre Ă  tu et Ă  toi ». Le “tu” Ă©galitaire Dessine-moi un mouton. » L’enfant, puisqu’on sadresse Ă  lui ainsi, imagine l’univers uniquement constituĂ© de tu ». N’ayant pas encore accĂšs aux diffĂ©rences de race, de classe ou de gĂ©nĂ©ration, tous les humains sont pour lui ses semblables, sans distinction. Toi, tu es moche », lance-t-il Ă  la vieille dame qui vient de lui dire qu’il Ă©tait vraiment mignon. Et le SDF ou le chef d’entreprise sont logĂ©s Ă  la mĂȘme enseigne. Tant qu’il n’est pas initiĂ© aux codes langagiers, qu’il n’a pas intĂ©grĂ© les rĂšgles de la biensĂ©ance qui permettent aux adultes de se repĂ©rer socialement, l’enfant instaure une position d’égalitĂ© entre lui-mĂȘme et tous ceux qui l’entourent », explique un instituteur. En gĂ©nĂ©ral vers 6-7 ans, il apprend Ă  vouvoyer les grandes personnes. En tout cas, quand il s’agit d’inconnus, car il tend Ă  conserver le tutoiement pour s’adresser Ă  ses proches. Dans les grandes familles bourgeoises ou aristocratiques, en revanche, le vouvoiement est presque toujours obligatoire. On se dit vous » entre parents et enfants, entre conjoints. Petit, mon pĂšre, entourĂ© de domestiques, ne voyait ses parents que tous les 36 du mois, se souvient Arnaud. S’il a maintenu le traditionnel vouvoiement, il Ă©tait en mĂȘme temps trĂšs proche de moi, et ce “vous” crĂ©ateur de distance ne m’empĂȘchait pas de le “vanner”. Ce n’est que devant mes amis que ce vouvoiement me gĂȘnait marquant trop clairement notre diffĂ©rence de milieu, j’en avais honte et j’évitais de m’adresser directement Ă  mon pĂšre. » Devenu pĂšre et faisant fi de sa particule, il a pris le parti de tutoyer sa fille. Sur le plan psychologique, tutoyer revient Ă  s’identifier Ă  l’autre, le pronom tu » crĂ©ant une communautĂ© affective ou d’intĂ©rĂȘt, qu’elle soit Ă©phĂ©mĂšre ou durable. C’est pour cela que deux personnes, lorsqu’elles se rencontrent dans une salle de sport ou un hĂŽtel du bord de mer, n’hĂ©siteront pas trop Ă  se tutoyer. On partage la mĂȘme passion, on a choisi le mĂȘme lieu de vacances, et ces affinitĂ©s rendent le tutoiement admissible. Alors que si les mĂȘmes personnes se croisent, anonymes, au coin d’une rue, elles vont tout naturellement se vouvoyer. La communautĂ© produite par le tu » explique pourquoi il est omniprĂ©sent dans les partis politiques, les syndicats ou les loges maçonniques. A toi de prendre la parole camarade ! » Au Parti, le tutoiement est de rigueur explique une militante communiste. Par Ă©galitĂ©, fraternitĂ©, et justement par opposition aux classes dominantes et bourgeoises. » Mais attention, ces tu »-lĂ  sont plus complexes qu’il n’y paraĂźt et se modulent en fonction des milieux et des castes, produisant des degrĂ©s de fraternitĂ© trĂšs variables. Chez les francs-maçons, par exemple, on se tutoie, en se tenant les coudes, dans la discrĂ©tion, car on partage un mĂȘme secret rĂ©vĂ©lĂ© lors de l’initiation du maçon dĂ©butant. Dans le show-biz, la publicitĂ© ou la presse, c’est un signe de reconnaissance Ecoute, coco, on est entre nous. » Le “tu” d’autoritĂ© Tu mouches ton nez et tu dis bonjour Ă  la dame. » C’est par ces petites phrases que l’adulte initie l’enfant aux codes destinĂ©s Ă  le transformer en ĂȘtre civilisĂ©. Et comme tous les petits, Quentin, 6 ans, les dĂ©teste ArrĂȘte de me donner des ordres », rĂ©torque-t-il Ă  sa mĂšre. Ce n’est cependant que le dĂ©but d’un long apprentissage Ton cahier est un torchon », lui lancera l’instituteur ; Tu as encore oubliĂ© le pain ! » lui reprochera plus tard son conjoint. Certains tu » ont pour seule fonction de nous apprendre Ă  courber l’échine, et de nous rappeler qu’entre nos dĂ©sirs et ceux des autres se tient souvent un large fossĂ© ! Renoncer au libre exercice de ses pulsions et impulsions, les refouler dans les profondeurs de l’inconscient, est le BA de la vie en sociĂ©tĂ©, nous apprend la psychanalyse. Attention pourtant Ă  ces tu » si impĂ©ratifs. Ils sont porteurs de menace, de dĂ©valorisation, d’étiquetage, analyse le psychosociologue Jacques SalomĂ©, qui conseille d’en moduler l’usage. Toute relation, pour ĂȘtre vivante et le rester, suppose une alternance de positions d’influence acceptĂ©e et acceptable par les protagonistes. » Le “tu” amoureux Le cĂ©lĂšbre T’as de beaux yeux, tu sais » pulvĂ©rise la distance entre amoureux. La mĂȘme phrase vouvoyĂ©e ou vousoyĂ© – les deux verbes ont longtemps Ă©tĂ© en concurrence – n’aurait certes pas le mĂȘme effet. Les AmĂ©ricains, contraints de vivre dans l’univers du vous », tentent de dĂ©passer cet obstacle en Ă©maillant leurs propos amoureux de Honey », Darling », Dear », etc. Horripilant, pour nos oreilles françaises habituĂ©es Ă  dĂ©tecter la progression de l’intimitĂ© entre deux ĂȘtres par le merveilleux passage du vous » au tu ». A ces avalanches de mon miel », mon sucre » et autres douceurs, nous prĂ©fĂ©rons tellement ces dĂ©licieux trĂ©buchements verbaux qui nous font demander soudain Veux-tu un peu d’eau », Ă  celui que nous vouvoyions encore quelques minutes auparavant. Ce tutoiement inopinĂ© rĂ©vĂšle alors notre dĂ©sir de rapprochement. Impossible alors de revenir en arriĂšre. Au stade oĂč l’on peut dire J’ai envie de toi », les choses sont dĂ©jĂ  trĂšs avancĂ©es, et Ă  peu prĂšs irrĂ©versibles
 Encore faut-il pouvoir parler dans ces premiers instants », note GĂ©rard Zwang dans La Fonction Ă©rotique Laffont, 1978. Mais il y a aussi le vous-Ă©rotique » auquel tiennent certains couples J’ai envie de vous » signifie alors comme la premiĂšre fois ». Coquetterie de langage, il anoblit les propos les plus Ă©grillards Faites de moi votre esclave ! » Ce vouvoiement Ă©rotico-ludique a le pouvoir magique de nourrir la flamme du dĂ©sir. Il la protĂšge de l’usure, entraĂźnant les partenaires de la proximitĂ© Ă  la mise Ă  distance feinte, tout en convoquant tour Ă  tour l’élĂ©gance, l’humour, la tendresse ou l’ironie, courroucĂ©e. Vous ĂȘtes mon lion superbe et parfois gĂ©nĂ©reux », se moque ainsi Aline Ă  l’adresse de son Ă©conome mari. Mais quand la rupture est inĂ©vitable, Patricia Kass, chante “Je te dis vous”. Le “tu” agressif Rien d’innocent dans le Nique ta mĂšre », rĂ©ponse au raciste T’es pas d’ici toi ? » ou au trĂšs policier Tes papiers ! ». Quand le vernis des apparences craque surgit le tu-insulte » que les automobilistes utilisent comme une seconde langue Va donc, eh, gros con ! » AllĂšgre, tu nous gonfles, arrĂȘte ton baratin », clamaient les slogans quand il Ă©tait ministre de l’Education nationale. Avec des tu » adressĂ©s Ă  ceux qu’ordinairement, par dĂ©fĂ©rence, on vouvoie, les foules mĂ©contentes se dĂ©foulent. Inversement, le jour oĂč vos collĂšgues rĂ©pondent par un vous » Ă  votre tu » convivial, l’heure de la retraite sonne. DĂ©sormais, confie Claude Aubry, qui rentre dans cette tranche d’ñge, si on me tutoie d’office, c’est qu’on est myope, perclus de bonnes intentions, Ă©tourdi ou qu’on veut tellement me faire plaisir que ça mĂ©rite une mĂ©daille. » Les “tu” piĂ©gĂ©s Au restaurant, j’ai saluĂ© d’un “Comment vas-tu ?” un acteur de sĂ©rie tĂ©lĂ©, dont le visage m’était si familier que je l’ai pris pour un proche », raconte JĂ©rĂŽme. Deux jours plus tard, un inconnu l’aborde dans le mĂ©tro d’un Quel plaisir de te revoir ! » DĂ©semparĂ©, il fouille et maudit sa mĂ©moire qui ne lui indique nulle trace de son interlocuteur. Quand celui-ci finit par lui demander un peu d’argent, Je me suis empressĂ© de lui donner. » Par deux fois, JĂ©rĂŽme s’est fait piĂ©ger. Chez Thompson CSF, une nouvelle note de service vient d’encourager les tenues vestimentaires dĂ©contractĂ©es et le tutoiement »  le vendredi ! Tout le monde s’est demandĂ© si c’était une blague », a racontĂ© un employĂ© Ă  un journaliste de LibĂ©ration 4/9/2000. En tout cas, il s’agit d’un excellent exemple du tu » dĂ©magogique, car cette invite a, en vĂ©ritĂ©, valeur d’impĂ©ratif. Ce diktat place les Ă©quipes dans une position fausse
 C’est souvent une “culture du semblant” issue de la hiĂ©rarchie, que l’on encourage sous prĂ©texte de “culture d’entreprise” », souligne la psychanalyste Marie-Louise Pierson. Quel joli tour de passe-passe en effet la direction feint d’offrir l’intimitĂ© du tu » pour mieux asseoir son pouvoir ! Mais le tu » peut se montrer encore plus piĂ©geant. Dans le cadre des disputes conjugales notamment ! OĂč il masque parfois un je » qui n’a pas le courage de se montrer, affirme SalomĂ©. Dans ce contexte, la critique Ta robe rouge ne te va pas » formulĂ©e par le conjoint doit ĂȘtre compris comme un aveu Je n’aime pas ta robe rouge. » Ce tu »-lĂ  est une prise de pouvoir sur l’autre. Se sentant prisonniĂšre d’un jugement sans appel, la femme va rĂ©agir par la violence. Pour Ă©viter le conflit, il serait plus judicieux de formuler un Je trouve que cette robe rouge ne te va pas », qui respecte la libertĂ© de l’autre et lui laisse une porte de sortie honorable Moi, c’est ta cravate qui me fait penser Ă  un perchoir pour cacatoĂšs. » Une nuance de taille, qui consiste Ă  parler de soi » au lieu de parler sur l’autre ». Et qui permet d’éviter les conversations klaxon » Tu
 Tu
 » Pourquoi c’est difficile J’ai du mal Ă  tutoyer les gens, et je dĂ©teste que le tutoiement me soit imposĂ©, se plaint la timide Amandine. Il y a des “tu” dominateurs qui sous-entendent “Ma petite, tu as encore Ă  prendre de la graine” ; des “tu” complices, alors que je ne suis pas du tout sur la mĂȘme longueur d’onde ; des “tu” qui laissent planer un doute sur la nature de mes relations. Il en est aussi de trĂšs gentils, amicaux, mais moi, il me faut du temps. MoralitĂ© je passe pour une pimbĂȘche. » Les rĂ©ticences face au tutoiement signalent une apprĂ©hension devant l’intimitĂ©. C’est le cas des timides, des phobiques du contact, qui craignent Ă  la fois les intrusions extĂ©rieures et de paraĂźtre intrusifs. Entre proches, entre amis, doit-on forcĂ©ment se tutoyer ? Chacun est maĂźtre de son espace verbal, rappelle Marie Louise Pierson, auteur de L’Intelligence relationnelle Editions d’organisation, 1999. Aussi, soyez sensibles aux repĂšres, frontiĂšres, limites que placent vos interlocuteurs et respectez-les
 C’est leur libertĂ© fondamentale, celle de moduler leurs distances en fonction de leur ressenti. » Ma maison est mitoyenne de celle d’un couple, devenu ami, explique Christine. Nous nous apprĂ©cions beaucoup, nous dĂźnons et sortons ensemble. Pourtant, nous ne sommes jamais passĂ©s au tutoiement. Nous avons dĂ©cidĂ© de garder cette distance pour prĂ©server notre intimitĂ©. Nous sommes voisins, il ne faut pas l’oublier. » Comment parler Ă  Dieu Dieu s’adresse aux hommes en les tutoyant Tu ne tueras point, tu ne commettras pas l’adultĂšre, tu quitteras ton pĂšre et ta mĂšre. » Mais ce tutoiement-lĂ  n’admet pas la rĂ©plique. Les dĂ©sobĂ©issances se vĂ©rifient peut-ĂȘtre quotidiennement, mais pas question de rĂ©pondre au Seigneur Tais-toi et laisse-moi tranquille ! » Depuis le concile Vatican II 1962-1965, les fidĂšles ont l’autorisation de tutoyer l’Eternel dans leurs priĂšres Donne-nous chaque jour notre pain quotidien. » Lorsqu’il convoque ce concile, le pape Jean XXIII est mĂ» par la volontĂ© de moderniser l’Eglise et d’unifier la communautĂ© chrĂ©tienne. Dans ce contexte, ce tutoiement inĂ©dit place chaque chrĂ©tien Ă  Ă©galitĂ© devant Dieu. Paul VI, successeur de Jean XXIII, a, de plus, le souci de personnaliser la relation de la crĂ©ature – nous – Ă  son CrĂ©ateur. C’est dire que, ce passage du vous » au tu », s’il ne nous apprend rien sur la nature divine, en dit long sur le dĂ©sir de l’Eglise de ne pas paraĂźtre trop anachronique. g7nNs1p.
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  • qu implique le tutoiement dans une relation